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Biographie de Jean La Fontaine

jean-de-la-fontaine-293x300La Fontaine naquit à Château-Thierry, le 8 juillet 1621, un an après Molière. Jean de La Fontaine, son père, étoit maître particulier des eaux et forêts de ce duché; Françoise Pidoux, sa mère, étoit fille du bailli de Coulommiers.
Les premiers maîtres de La Fontaine nous sont inconnus. Il paroît qu’il ne dut pas beaucoup à leurs soins, puisque Térence, ‘ Horace, et Virgile , étoient nouveaux pour lui quand un de ses parents (Pintrel) lui fit sentir la nécessité de les étudier.

1639.

A dix-neuf ans, son caractère ne s’étoit pas plus déclaré que son génie. On ne s’explique pas comment l’homme le plus ennemi de la moindre gêne entra dans la congrégation de l’Oratoire : il est plus aisé de concevoir pourquoi La Fontaine en sortit.
Tout le monde sait qu’une ode qu’on ne lit plus guère ouvrit cette source de vers enchanteurs qu’on lira toujours.

1641.

Après la lecture, bien dirigée par Pintrel, des grands écrivains de l’antiquité, La Fontaine lut, avec autant de plaisir que de profit, l’Arioste, Boccace, Rabelais, d’Urfé, Marot, et Montaigne. En empruntant à chacun d’eux, il les a tous embellis. « Imitateur parfait, modèle inimitable. »

1652.

Il se laissa marier à la fille d’un lieutenant au bailliage de la Ferté-Milon, patrie de Racine. La Fontaine vécut assez mal avec sa femme. Molière aussi fut malheureux avec la sienne; mais, plus passionné que La Fontaine, il ne cessa d’être amoureux et jaloux. La Fontaine prit le parti que lui conseilloit l’amour du repos et de l’indépendance. Quant à l’aigreur qu’on reproche à sa femme, peinte par lui (du moins on l’a cru) dans la dame Honesta de Belphégor, avouons que cette mauvaise humeur étoit fondée. Son mari, constamment éloigné d’elle, ne reparoissoit à Château-Thierry que pour toucher ses revenus, qui dimimoient; tous les ans, par l’aliénation d’une partie de son patrimoine : quelle femme eût supporté sans impatience ce désordre et cet abandon ?

1654.

La traduction de l’Eunuchus de Térence portant la date de 1654, il est clair qu’elle fut une des premières productions de La Fontaine. Un biographe, en rappelant qu’on ne la lut point, ajoute assez légèrement qu’elle méritoit cette indifférence. Je ne choisis point ma citation. La pièce commence ainsi :

PARMENON.

Eh bien ! on vous a dit qu’elle étoit empêchée ; Est-ce là le sujet dont votre ame est touchée ? Peu de chose en amour alarme nos esprits ; Mais il n’est pas besoin d’excuser ce mépris : Yous n’écoutez que trop un discours qui vous flatte.

PHÉDRIE.

Quoi ! je pourrois encor brûler pour cette ingrate ,
Qui, pour prix de mes vœux, pour fruit de mes travaux,
Me ferme son logis, et l’ouvre à mes rivaux!
Non , non, j’ai trop de cœur pour souffrir cette injure.
Que Thaïs, à son tour, me presse et me conjure,
Se serve des appas d’un œil toujours vainqueur,
J’aimerois mieux mourir qu’y rentrer de ma vie.
D’assez d’autres beautés Athènes est remplie :
De ce pas à Thaïs va le faire savoir, Et dis-lui de ma part……

PARMENON.

Adieu, jusqu’au revoir.

PHEDRIE.

La Fontaine et Mme de La Sablière
La Fontaine et Mme de La Sablière

Non, non, dis-lui plutôt adieu pour cent années.
dans la capitale ; et quand Mme de Bouillon fut rappelée, La Fontaine la suivit. En arrivant à Paris, il fit la rencontre d’un oncle de sa femme, nommé Jannart, favori de Fouquet, et son substitut dans la charge de procureur-général. La réputation de La Fontaine s’étoit déjà répandue. Présenté par Jannart au surintendant, celui-ci le nomma son poëte, comme il appeloit Le Brun son peintre, et Le Nostre , son dessinateur. Le titre de poëte du surintendant fut accompagné d’une pension de mille francs; mais on convint que, de son côté, La.Fontaine paieroit à Fouquet une pension en vers, dont tous les quartiers seroient servis règlement, comme on disoit encoçe.
Une pareille convention fut faite au milieu du siècle dernier, entre le fermier-général la Popeliniere et Pannard, surnommé le La Fontaine du vaudeville. Recueilli par la Popeliniere, ce bon Pannard, le plus paresseux et le plus insouciant des hommes , n’écrivoit jamais que lorsque sa bourse étoit vide. C’étoit alors qu’il composoit ces chansons excellentes dans lesquelles une morale populaire est assaisonnée d’un sel agréable, et qui sont des modèles. La Popelinière disoit de temps en temps à son valet-de-chambre : « Allez voir si Pannard a pondu. » Celui-ci cherchoit dans une boîte à perruque où le chansonnier déposoit son œuf; il l’en retiroit, et laissoit dix louis à la place.

1660.

La Fontaine eut un fils en 1660. M. de Harlay, qui fut depuis premier président, se chargea de son éducation et de sa fortune.

1661.

Jean de la Fontaine et Louis XVI

Madame Henriette d’Angleterre épousa Monsieur, frère du roi, le 31 mars de cette année.
Le 5 septembre de la même année, le bienfaiteur de La Fontaine, Fouquet, fut arrêté par ordre de Louis XIV, conduit au château d’Angers, et transféré bientôt après à la Bastille. Colbert, qu’auroit dû fléchir la chute d’un homme auquel il succédoit, Colbert, dont le même événement satisfaisoit l’ambition et la haine, persécuta les défenseurs de Fouquet. La Fontaine, qui ne l’ignoroit pas, eut le courage de publier cette touchante élégie, dont il semble, dit ingénieusement M. Auger, « qu’on n’ose pas vanter les beautés poétiques, dans la crainte d’offenser La Fontaine, en paroissant plus sensible aux charmes d’un vain langage qu’aux sentiments dont il est l’interprète. »

1663.

La Fontaine suivit à Limoges Jannart, exilé. Il eût suivi Fouquet à la Bastille. Au retour de Limoges, il fut gratifié d’une charge de gentilhomme chez Mme Henriette. La mort précipitée de cette princesse fit évanouir les espérances que lui permettoit une position favorable. De ce moment il appartint tout entier à l’amitié bienfaisante.

1664.

Le conte de Joconde parut au mois de janvier de cette année.
Bouillon , secrétaire du cabinet de Gaston , rima ce conte de l’Arioste en même-temps que La Fontaine. Il eut des partisans; entre autres un chevalier de Saint-Gilles, qui gagea pour lui, contre le.Vayer de Boutigni, qui soutenoit La Fontaine. Boileau fut pris pour juge et flétrit l’œuvre du sieur Bouillon d’un mépris sans appel.
Mme de la Sablière recueillit La Fontaine dans sa maison. Elle y donnoit un logement à Bernier, qui fit pour elle un Abrégé de Gassendi. Bernier devint l’ami de La Fontaine et son maître de philosophie.
La Fontaine s’est permis des satires assez vives contre les femmes, et trois femmes ont été ses bienfaitrices; tandis que Racine, surnommé le poëte des femmes, a vu trois femmes à la tête de ses ennemis : la duchesse de Bouillon, Mme Deshoulières, et Mme de Sévigné.

1667.

Il donna deux éditions de ses contes, avec deux privilèges du roi des 20 octobre 1665 et 6 juin 1667 ; privilèges qui furent révoqués en 1675 par une ordonnance de police, rendue contre le même ouvrage.

1669.

Adonis et Psyché, d’abord imprimés ensemble dans le cours de cette année, reparurent séparés en 16 71. « Jamais, dit La Harpe, les jardins d’Armide, ce brillant édifice de l’imagination, n’ont rien offert de plus séduisant que les lieux enchantés où le poëme à d’Adonis transporte le lecteur. »
La Fontaine a moins réussi dans le roman de Psyché, trop long, trop chargé de détails, mais où l’on retrouve souvent ce naturel et cette grâce qui nous avertissent que nous lisons La Fontaine.

1671.

MM. de Port-Royal entreprirent de faire un recueil de poésies morales, dont la lecture procurât un plaisir innocent. Ils ne le donnèrent point sous leur nom, mais sous celui de La Fontaine. Ils ne songèrent en cela qu’à faire valoir d’avance leur recueil, et ne sentirent pas qu’ils égayoient la malignité par une association qui faisoit concourir l’auteur de la Matrone d’Éphèse et de pieux solitaires à l’édification de la jeunesse.

1673.

Le poème de la Captivité de saint Malc fut un fruit de la liaison du poëte avec MM. de Port-Royal. Ils indiquèrent ce sujet à La Fontaine. Dans la dédicace au cardinal de Bouillon, il lui don-noit le titre d’altesse sérénissime ; et ce crime de lèze-étiquette parut si grave, que l’édition fut supprimée.

1674.

Ce fut au milieu de cette année que Despréaux publia son Art Poétique. La Fontaine étoit déjà très connu par les six premiers livres de ses Fables, imprimés en 1669; et pourtant Despréaux ne parla ni de la fable ni du fabuliste. On lit dans une notice, d’ailleurs très bien écrite, que « Despréaux n’apprécioit peut-être pas La Fontaine. » Peut-on le supposer ? Je me persuade qu’il fut retenu par un autre motif. En dictant des préceptes pour l’apologue, il étoit difficile d’oublier le conte; il étoit encore plus difficile au sévère Despréaux de ne pas interdire au conteur les détails licencieux: c’étoit désigner et condamner La Fontaine.
La Fontaine fit un opéra pour Lulli. Ce musicien en fut mécontent ; et c’est la preuve qu’il s’y connoissoit. Sans mériter tout-à-fait le dédain de Voltaire , cet opéra n’est ni bien conçu, ni bien écrit. Les amis du poëte, offensés pour lui d’un refus dont la forme étoit insolente, arrachèrent à sa muse une satire sans colère contre le Florentin. Despréaux dut bien rire de voir son arme dans une main qui la manioit aussi mal.

1682.

En dédiant à Mme de Bouillon le poëme du Quinquina, le poëte lui dit :
C’est pour vous obéir et non point par mon choix Qu’à des sujets profonds s’occupe mon génie, Disciple de Lucrèce une seconde fois, etc.
Quelque accoutumé que fût La Fontaine à jouir de l’indépendance de son esprit, il ne résistoit point, comme on le voit par ces vers, aux invitations de la duchesse de Bouillon. Il a dit ailleurs, en parlant de Mme de la Sablière :

Iris m’en a l’ordre prescrit.

Les François connoissoient le quinquina depuis 1649; mais vendu trop cher par les jésuites, et décrié par les médecins, toujours ennemis des remèdes qui guérissent sans eux, il étoit à-peu-près banni de leur Codex. L’Anglois Talbot, à force de remontrer l’utilité de ce spécifique, en fit revivre l’usage; et les miracles qu’il en racontoit persuadèrent à la duchesse de Bouillon que ce sujet étoit du domaine de la poésie.
Dans le poëme du Quinquina, La Fontaine développe en philosophe et décrit en poëte plusieurs phénomènes assez obscurs de notre organisation. Il y vante l’émétique, « trésor autrefois inconnuf dit-il; » et, dans ce même moment, les disciples de Guy Patin s’élevoient avec fureur contre ce remède, traité par leur maître de poison.

1684.

La Fontaine à table
La Fontaine à table

Cette année fut l’époque de sa réception à l’Académie française. Colbert, mort en 1683, laissoit une place vacante. La Fontaine obtint avant Despréaux les suffrages de l’Académie; mais Despréaux obtint avant lui l’aveu de Louis XIV. L’année d’après, Furetière fut exclu de cette compagnie. « L’opinion commune est, dit M. Anger, qu’au scrutin qui devoit déci-der de son sort, La Fontaine, dont l’intention étoit de mettre une boule blanche, mit une boule noire par distraction. » Furetière ne le lui pardonna point, et fit éclater son ressentiment par des injures dont nous ne salirons pas cette courte notice. Ce fut probablement à la fin de l’année 1685 que La Fontaine perdit Mme de la Sablière. Si le poëte lui dut un noble asile, nous devons peut-être à son amie la moitié de ses ouvrages. En le débarrassant de lui-même, elle lui permit de s’abandonner à cette paresse tranquille dont le charme se répand sur ses vers. On sent qu’une situation mal-aisée l’eût occupé de soins bien différents. Les importunités du besoin auroient tari sa veine.

1687.

Mme d’Hervart reçut et garda chez elle La Fontaine, comme un legs précieux de Mme de la Sablière. Cette dame devint, pour le fabuliste, une seconde Providence ; il retrouva, dans sa maison, le plaisir qu’il prisoit le plus, celui de ne penser à rien.
C’est à Mme d’Hervart qu’il a donné le nom de Sylvie.

1691.

La Fontaine fit représenter son opéra d’Astrée, dont la musique étoit du gendre de Lulli, de Colasse, qui mourut de misère en cherchant la pierre philosophale.
On a joué , comme pièces de La Fontaine, trois petites comédies : le Florentin, la Coupe enchantée, Je vous prends sans vert.
J. B. Rousseau prétend, dans une lettre non imprimée (que j’ai sous les yeux), que ces trois comédies, indignes de La Fontaine, doivent être rendues à Chanmeslay. L’opinion de Rousseau n’étant appuyée d’aucun fait positif, et les trois pièces ayant été comprises dans la plupart des éditions précédentes, nous les placerons dans celle-ci.

1692.

Sur la fin de cette année, La Fontaine ayant été brusquement attaqué d’une maladie grave, un prêtre éclairé fut envoyé par le curé de sa paroisse; cet ecclésiastique, pour donner à sa visite un air moins sérieux et moins alarmant, se fit annoncer de la part de son père , fort connu de La Fontaine. Rien ne prouva mieux la candeur de son pénitent, que l’effroi dont il fut saisi quand on lui parla de l’atteinte que ses Contes portoient aux mœurs. Il croyoit avoir fait un livre gai, mais non un livre dangereux. La Fontaine voulut donner un grand éclat à la condamnation de son ouvrage. Sa piété fut aussi vraie que toutes les autres actions de sa vie.

1695.

La Fontaine et Louis XIV
La Fontaine et Louis XIV

Après deux ans de souffrances et de langueur, La Fontaine mourut à Paris, rue Plâtrière , le 13 mars 1695 , âgé de 74 ans. Il fut inhumé dans le cimetière de Saint-Joseph, à l’endroit même où, vingt-deux ans auparavant, on avoit déposé les restes de Molière.
La Fontaine avoit reçu de la nature un caractère simple et naïf, un cœur droit et bienfaisant, une ame sensible et passionnée. Son air étoit affable, sa physionomie froide, inexpressive; sa contenance embarrassée. L’habitude d’observer le rendoit distrait et rêveur.
« La Fontaine, dit Chamfort en terminant son éloge, offrit le singulier contraste d’un conteur trop libre et d’un excellent moraliste ; doué de l’esprit le plus fin, il devint en tout le modèle de la simplicité ; il déroba, sous l’air d’une négligence quelquefois réelle, les artifices de la composition la plus savante,
fit ressembler l’art au naturel, souvent même à l’instinct cacha son génie par son génie même, tourna l’opposition de son esprit et de son ame au profit de son talent, et fut, dans le siècle des grands écrivains, sinon le premier, du moins le plus étonnant. Malgré ses défauts, il sera toujours le plus relu de tous les auteurs , et conservera le surnom d’inimitable, devenu , pour ainsi dire, inséparable de son nom. »

Image « Musée des familles et lecture du soir – 1848-1849- tome VIe.

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