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La Tomate et la Patate

icon-angle-double-right Daniel Allemand

 

Mais qui détient la vérité
Sur ces grands jours de liberté
Quand voici ce qui fut ici
Relaté sur la mort du roi de ce pays ?
Un paysan marseillais aux beaux yeux vairons
A la fête de la fédération
Quelque peu fanfaron
Expliqua le pourquoi de la révolution
Dévolue à une tomate*
Prenant le pas sur la patate.
Voici son conte : « – A Versailles le roi Louis seize
Nous a planté sa radicule
Devant sauver de la fournaise
Royaume et particules
Voyez le ridicule !
C’était une pomme de terre
Qu’il nomma Parmentière.**
Une racine pour éviter la disette !
Pourquoi pas la nommer
Patate ! Ou bien Louisette ?
Selon le royal arrêté
Ça pousse en profondeur, mais en terre anoblie
Ça craint la sécheresse
Et de la lumière il faut la mettre à l’abri
Car je vous le confesse
Elle reste dure à cuire
Pire, ne peut se manger crue !
Notre triste sire gugusse
Use de toutes les astuces
Quand jour et nuit la fait garder
C’est sûr, ça va barder !»
Les sans-culottes stupéfaits
Par la patate – dont ils ne faisaient trop cas –
Le raillèrent sur ce lien sans effet
Avec leur cocardier combat
« – Combien de révoltes encore
Combien de bastilles et de casemates
A prendre, pour que nos récoltes d’or
Se vouent à la tomate ? »
« – Eh ! Patate ! C’est quoi cette amertume ? »
Mais des tomates il en avait de pleins paniers
Que lui mena un tavernier
Ami. Il reprit : « – A la fois fruit et légume
Toujours rouge, elle a tige et racine
Son jus est comme sang
Crue, ou cuite sa chair est une médecine
Pour Rouget son essor est florissant
Il en a fait une chanson
Grosses, charnues, joufflues
Émotion forte à l’unisson
Elles sont le cœur, le sang, elles sont le salut. »
Mais point de différence chez les séditieux
Affirmant qu’il en était pareil de ses yeux !
Mais en goûtant patate et tomate à la suite
Crues et cuites
Les Parisiens, les Marseillais en nouveaux maîtres
Virent la différence et voulurent démettre
Capet. Fi ! Le rouge l’emportait à tout prendre.
Chez tout révolté le sage suit le cruel
Il ne suffit point d’être cuit au cœur tendre
La tomate pouvait aussi, être crue, elle !

Daniel Allemand

Notes
*Les Provençaux montés dans la capitale pour la fête de la Fédération Nationale du 14 juillet 1790, exigent partout des tomates qu’ils sont encore les seuls à consommer
**Parmentier organise le repas royal de Louis XVI à la veille de la révolution pour faire connaître la pomme de terre.

  • Fables et illustrations de Daniel Allemand, blog à visiter…Plumes et Rimes

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