ACTUALITES:
Accueil » Analyse des fables » Le Berger et le Roi, analysée : Louis Moland
Citation, Jean de La Fontaine, Le Berger et le Roi
Citation, Jean de La Fontaine, Le Berger et le Roi

Le Berger et le Roi, analysée : Louis Moland

icon-angle-double-right Louis Moland (analyses)

Le Berger et le Roi, analysée par Louis Moland, 1872.

  • Fable X. Le Berger et le Roi.
Le Berger et le Roi
Le Berger et le Roi

. Voyez le Livre des lumières, ch. II, fable IV, « D’un hermite qui quitta les déserts pour aller vivre à la cour, » et fable v, « D’un aveugle qui voyageait avec un de ses amis. » Mais le Irait final du coffre contenant les habits d’un gardeur de troupeaux n’est pas dans ces fables. 11 a été fourni par une anecdote souvent appliquée à d’illustres personnages dont la condition première avait été humble; par exemple à Romée de Villeneuve, le conseiller du comte Raymond de Provence, au xiiie. siècle. Villani (liv. vi, ch. xci) raconte que ce Romée, pèlerin inconnu, aborda en Provence en revenant de Saint-Jacques de Compostelle. Il devint le ministre du comte et tripla en peu d’années les revenus de son maître par une sage administration. Des courtisans, jaloux de son mérite et de sa laveur ou froissés dans leurs intérêts par sa loyale économie, le calomnièrent et obtinrent qu’on lui fît rendre compte des richesses immenses qu’ils l’accusaient d’avoir amassées. Romée se justifia, puis dit au comte: « Je t’ai servi longtemps et t’ai fait monter de petits États en grande seigneurie. Par les fausses suggestions de tes barons, tu m’en as montré peu de gré. Aussi m’en irai-je de ta cour comme j’y suis venu; fais-moi rendre le mulet, le bourdon et la besace que je portai à mon arrivée ici, afin que je reprenne ma route. » En vain le comte voulut le retenir. Le pèlerin reprit sa route, on ne sait où il alla, mais beaucoup de gens croyaient qu’il était saint.
Cette anecdote a été souvent répétée avec des variantes, avant ou après La Fontaine. Dans la comédie de Boursault, Ésope à la cour, fondée précisément sur cette anecdote, lorsque Crésus fait ouvrir la cassette où les courtisans accusent Ésope de mettre ses trésors et qu’on y trouve des habits d’esclave, il lui demande :

Mais pourquoi cet habit, et qu’on voulois-tu faire?
Quel bizarre plaisir t’obligeoit à le voir?

Ésope répond :

L’orgueil suit de si près un extrême pouvoir,
Que souvent dans la plare où j’avois l’honneur d’être
De ma foible raison je n’étois pas le maître.
Souvent l’éclat flatteur de ce rang fortuné
M’élevant au-dessus de ce que je suis né.
Pour être toujours prêt à rentrer en moi-même,
Je gardois ce témoin de ma misère extrême;
Et quand l’orgueil sur moi prenoit trop de crédit.
Je redevenois humble en voyant mou habit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge