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Le Chien et son Maître

001 Victor de Perrodil

Sultan, beau lévrier, issu de noble race,
Avait été l’Achille et l’Hector de la chasse :
Mais il se faisait vieux, et ses membres roidis
N’allaient plus à son gré comme ils allaient jadis.
Son maître cependant, par un triste caprice
En exigeait même service
Et voulait qu’il courût à quinze ans comme à six.
C’était d’une horrible injustice.
Mais quand un maître parle, il faut qu’on obéisse.
Tel est l’ordre. Un jour donc que le maître et le chien
Poursuivaient un renard fourvoyé dans la plaine,
De quelques grains de plomb le renard fut atteint.
Pille, pille, Sultan ! Sultan court, mais en vain.
Il n’a plus assez d’haleine
Pour la course, et d’un bond dans son étroit terrier
Le mangeur de poulets va se réfugier.
Sultan revient tête basse,
Et son maître furieux
L’injurie et le menace
Et le frappe de son mieux.
Sultan dit : votre colère
N’est pas juste ; j’ai dix ans
Servi vous et votre père
De mes pieds et de mes dents.
J’ai de lapins et de lièvres
Fourni votre table à tous
Et sauvé moutons et chèvres
De la poursuite des loups.
Maintenant que l’âge avance,
Je reçois pour récompense
Des injures et des coups.
J’espérais un sort plus doux
De votre reconnaissance.
Sultan avait raison, bien raison… mais, hélas !
De quoi sert la raison, ou même l’éloquence,
Lorsque l’on parle à des ingrats ?

« Le Chien et son Maître »

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2 commentaires

  1. Bonjour,

    Voici une autre fable ( Les deux Chemins )de Victor de Perrodil. Elle est comprise dans le recueil « Œuvres poétiques, l’Enfer du Dante etc. » ,édité en 1862.
    Outre ses qualités littéraires propres et la personnalité de Victor qu’elle révèle, elle est une illustration, parmi une série d’autres auteurs, du traumatisme qu’à représenté dans un monde alors encore essentiellement habité de réalités rurales, de la première catastrophe ferroviaire; du train Versaille-Paris, à Meudon le 8 mai 1842, où périrent parmi de nombreuses victimes, dans des conditions atroces, souvent brûlées vives, l’amiral Jules Dumont d’Urville et sa famille.

    Un ouvrage dédié au phénomène littéraire induit par cet accident à été édité il y a quelques années:
    « POÉSIE DE LA PREMIÈRE CATASTROPHE FERROVIAIRE Meudon 1842

    Analyse et anthologie des poèmes contemporains Tommaso Meldolesi

    • Merci Laurent. C’est grâce à des flâneurs de la RUE, comme vous que le site tient le coup et avance tout de même.
      Merci pour cette fable. A très bientôt.
      Cordialement,

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