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Le Serin et le Moineau

001 André-Clément-Victorin Bressier

Familier, et même importun,
Le moineau vit aux champs, dans les bois, à la ville ;
Des oiseaux le plus inutile
En est aussi le plus commun.
Tantôt il a les mœurs rustiques
Et dérobe dans le sillon.
Sur les pas du semeur, l’espoir de la moisson ;
Ou dans les basses-cours s’introduit sans façon,
Et s’invite au repas des oiseaux domestiques :
Tantôt jusqu’auprès des portiques,
Dans un jardin fameux, au milieu de Paris,
Du sucre et des gâteaux il guette les débris.
Au retour des frimas, abandonnant la plaine,
L’un des plus effrontés de ces enfants de l’air
Avait pris son quartier d’hiver
Dans la cour d’un hôtel de la ville prochaine.
La cage d’un serin, mélodieux chanteur,
Quand le ciel était pur, au soleil exposée
Sur le balcon d’une croisée,
Attirait l’oiseau maraudeur.
Il trouvait là mainte excellente aubaine,
Tant le petit dissipateur,
Prodigue comme un riche, éparpillait sa graine.
Voletant, sautillant, faisant cent fois le tour
De la prison élégante et dorée,
Le brigand à la picorée
Venait à chaque heure du jour.
L’aimable oiseau de Canarie,
Abusé par l’empressement
De ce parasite gourmand,
Croyait avoir acquis un ami pour la vie.
« Cher voisin, disait-il, avec quelle bonté
Il vient matin et soir me tenir compagnie,
Et consoler l’ennui de ma captivité !
Son amitié me sacrifie
Les plaisirs de la liberté ! »
Mais le printemps renaît, avec lui l’abondance :
Ce fut pour le moineau le signal du départ.
Du toit hospitalier un beau jour il s’élance
Sans faire ses adieux (notez la circonstance) :
Voilà mon citadin devenu campagnard.
Comme le bon serin gémit de son absence !
« De ce fidèle ami qui m’apprendra le sort ?
Disait-il ; de le voir j’ai perdu l’espérance :
On l’a fait prisonnier, ou peut-être est-il mort. »
Sa tristesse fut si profonde
Qu’il en perdit le chant. De l’inconstant moineau,
Pour qui connaît un peu le monde,
Le procédé n’est pas nouveau.

Où sont les amis véritables ?
On nous en fait maint beau récit :
Faut-il les reléguer parmi les vieilles fables ?
Ah ! Sans doute il en est, mais le nombre est petit.
Le bonhomme, avant moi, bien mieux que moi l’a dit.
Des offres, des serments, l’homme sage suppose
Qu’il faut rabattre la moitié ;
Et l’intérêt dans l’amitié
Entre toujours pour quelque chose.

« Le Serin et le Moineau »

bg

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