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Le verglas, fable de Maréchal Remacle

Remacle Maréchal

Vers l’époque où l’année expire,
Maître de mon temps, un matin,
A ma fenêtre assis, je m’amusais à lire,
Fumant ma pipe de Menin.
Le froid, ce jour-là, faisait rage :
Or, à l’avance, il faut savoir
Que les enfants du voisinage,
Entr’autresjeux, la veille au soir,
Étaient venus, devant ma porte,
Répandre méchamment l’eau de la pompe, en sorte
Que, propice au complot des petits scélérats,
D’un bord a l’autre, à cette place,
L’âpre gelée avait changé la route en glace.
Aussi fallait-il voir, dès le deuxième pas,
Babet, la belle couturière,
L’apprenti maçon Nicolas,
Et le grand charpentier Thomas,
Et Jeanneton la grosse herbière,
A qui mieux mieux sur leur derrière
Tomber l’un après l’autre, et les joyeux gamins
De rire à grands éclats et de battre des mains.
Quand voici tout-à-coup qu’avec effroi j’avise
Un petit homme à tête grise,
Sur le verglas fatal prêt à s’aventurer :
Pour celui-là, jamais, j’oserais le jurer,
Sans faire la culbute il ne pourra, me dis-je,
Passer outre, à moins d’un prodige.
Cependant le vieillard, attentif, l’œil baissé,
Et, pour mieux s’affermir, courbant un peu la tète,
Lentement, sur l’endroit glacé,
A pieds plats fait deux pas, puis un moment s’arrête ;
Puis d’un tronçon de pot cassé
Que le souffle du nord à la terre a fixé,
Clopin-clopant gagne la crête ;
Puis fait deux pas encore… et le voilà passé !
Et les gamins penauds de rester bouche close ;
Moi de mettre à profit la chose
Pour moraliser dans mon trou :
Tiens, pensé-je, vraiment n’est-ce point l’image
Du court et dangereux passage
Qu’on nomme vie? Hélas! sans se casser le cou
Que de forts ne font pas un bon tiers du voyage !
Quand tel et tel moins bien dotés
En vigueur par dame nature
Sont debouts, vont toujours, en dépit de l’augure
De nos docteurs désappointés !
C’est que sur le chemin qui descend à la tombe,
Ainsi que sur la route au perfide verglas,
Le fort, en étourdi, court, saute, glisse et tombe ;
Le faible se défie et marche à petits pas.

« Le verglas »

bg
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1 commentaire

  1. Merci à RuedesFables de me (nous ?) permettre cette heureuse découverte de l’un de nos bons et brillants cousins d’Outre-Atlantique. Aussi enrichissant que rafraîchissant. Et vive la fraternité fabuleuse de la Francophonie !

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