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Les Animaux malades de la peste
Les Animaux malades de la peste

Les Animaux malades de la peste expliquée

Les Animaux malades de la peste expliquée par l’Abbé Batteux :

Les Animaux malades de la peste
Les Animaux malades de la peste

Celle-ci, quoique sous un titre lugubre, est plus riante que celle du Chêne et du Roseau. Les discours du lion, du renard, de l’âne, y ont une naïveté plaisante. Le commencement est d’une excellente beauté. Dans les six premiers vers c’est une période pleine qui se soutient d’un bout à l’autre. Qu’on la relise: l’oreille est occupée, l’esprit content, le cœur remué: c’est la suspension qui produit une partie de ces effets.

Un mal qui répand la terreur,
Mal…………..

Cette répétition fait bien : le poète décrit le mal, avant que de le nommer, parce que son nom est terrible. La peste enfin, puisqu’il faut la nommer: capable d’enrichir en un jour l’Achéron, faisait la guerre: ces expressions sont riches et fortes: faisait la guerre; Horace parle d’escadrons de maux, Febrium cohors. Après avoir nommé et défini la peste, on en montre les effets :

Ils ne mourraient pas tons, mais tous étaient frappés.
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie.

Ni renards, ni loups n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les tourterelles se fuyaient :

Ces vers font contraste avec les six premiers, qui sont forts et vigoureux. Ceux-ci sont doux et tristes. Les animaux ont oublié leurs plaisirs, même leurs besoins les plus pressants. Les plus féroces n’épiaient plus la douce, l’innocente proie : c’est le ton de la douleur, qui fait appuyer ainsi sur le caractère de la proie. Les tourterelles se fuyaient. Tout est dit dans ce seul mot. Les oiseaux qui sont les symboles de la tendresse et de la fidélité se fuient. Voilà bien des idées sombres et noires: dureront-elles jusqu’à la fin? Non, elles s’éclairciront peu-à-peu et par degré. Le lion tient conseil, fait un discours gravement grotesque, cite l’histoire : il examine sa conscience, fait un aveu public de ses péchés, dont quelques uns le font hésiter :

Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le berger.

C’est son grand crime. Et le mot de berger, qu’il semble ne prononcer qu’à la hâte et à la fin, a une grâce particulière. Il allait se dévouer pour le salut commun, lorsqu’un flatteur entreprit de le justifier par un discours, qui est très-naïf et semble copié d’après un petit-maître de cour.

Non, Non, Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d’honneur,

La tristesse est passée, on a oublié la peste et sa description : On a été conduit insensiblement jusqu’au riant:

L’Âne vint à son tour, et dit . J’ai souvenance.

Ce début en vieux langage est singulier: souvenance est un mot qui se prononce moitié du nez, et qu’on ne trouve pas mal dans la bouche d’un âne. D’ailleurs il marque un souvenir de choses passées il y a long-temps. L’âne était innocent; mais peut-être honteux de le paraître, parce qu’il l’eût paru seul; il cherche dans sa mémoire, et enfin il dit : J’ai souvenance.

Qu’en un pré de moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Le crime du baudet est en soi une peccadille, toutes ses circonstances le diminuent encore : il avait faim : l’occasion s’était présentée : ce n’était qu’une fois en passant : c’était un pré de moines : il n’en mangea que peu.

Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.

Cet aveu si clair et si franc est fait pour figurer avec celui du lion, qui avait dit à peu près la même chose ; mais Fane n’eut pas le même succès.

Manger l’herbe d’autrui! quel crime abominable !
On le lai fît bien voir.
Selon que vous serez paissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

  • Principes de la littérature. Par l’abbé Batteux, membre de l’académie française et de celle des inscriptions et belles-lettres. ..1800.

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