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Les deux Jardiniers, fable de Duval

001 Achille Duval

Le maître d’un domaine avait deux jardiniers,
Cultivant ses melons, ses raisins, ses pruniers :
Ils se nommaient Antoine et Claude.
Le premier pour la serre chaude
Ne pouvait trouver son pareil.
Le second cultivait les fruits au grand soleil.
Pour le succès de sa culture,
Antoine forçait la nature,
Mais Claude la laissait agir en liberté.
Chacun d’eux avait donc sa spécialité,
Ce qui faisait les délices du maître,
Et de sa vie augmentait le bien-être,
Car, même en la froide saison,
Antoine faisait livraison
De divers fruits presque mangeables,
Augmentant le luxe des tables,
Et des convives le plaisir.
Un jour, nos jardiniers, étant dans le loisir,
Débattaient chaudement leurs différents mérites.
On entendait déjà certains mots insolites.
Aucun, de son côté, ne prétendant céder,
Nos interlocuteurs ne pouvaient s’accorder.
Le point important du litige,
Ce qui leur donnait le vertige,
Était justement de savoir,
Non qui faisait mieux son service,
Mais qui pouvait se prévaloir
De mieux satisfaire l’office.
L’un d’eux prisait fort la primeur
Et l’autre prônait la saveur.
Sur son point chacun argumente,
Sans que l’adversaire consente
A se rendre d’un iota.
Quand, tout à coup, le maître s’arrêta
Non loin des lieux où se passait la scène.
Il était pour tous deux comme un autre Mécène.
Nos jardiniers le prièrent, soudain,
De rendre entre eux jugement souverain.
Ayant de leurs débats pris ample connaissance,
Le maître sur-le-champ prononça la sentence.
Tous deux vous remplissez fort bien votre devoir
Et dans votre travail vous montrez du savoir,
Leur dit-il, et je sais rendre à chacun justice.
Vous pouvez bravement tous deux entrer en lice.
Mais n’est pas là l’intérêt du débat.
Cet intérêt est dans le résultat.
Si nous examinons ce point de notre affaire,
Nous rencontrerons, d’un côté,
Quelque chose de neuf et d’extraordinaire,
Satisfaisant la vanité ;
Mais n’allant pas plus loin, car les fruits de la serre
Ne ressemblent en rien aux doux fruits que la terre
Fait mûrir lentement aux rayons du soleil.
Qui pourrait remplacer ce divin appareil ?
Antoine me fait rire avec sa serre chaude.
Il produit, à grands frais, de pauvres avortons ;
Mais trop rapidement ont éclos leurs boutons.
Ses fruits n’ont pas en eux les sucs des fruits de Claude.
Ils sont pâles et verts et jamais les gourmets
Ne porteront leurs vœux sur de semblables mets.

Tout naturellement, cette légère histoire
Nous conduit à penser à ces pauvres enfants
Merveilles de talents, prodiges de mémoire,
Tout bourrés de savoir, un instant triomphants.
On se hâte trop tôt de charger leur cervelle ;
Leur esprit reste aveugle et ne va qu’à tâtons,
Leur éducation n’était qu’accidentelle.
Comme les fruits d’Antoine, ils sont des avortons.

« Les deux Jardiniers »

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