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Les deux Rats, fable d’Achille Duval

001 Achille Duval

Un jeune rat, l’idole de sa mère,
Arrivait à cet âge heureux
Où du plaisir apparaît la chimère,
Où de la liberté l’on devient amoureux.
Il avait pu déjà, dans quelques escapades,
Se soustraire, un instant, au regard maternel,
Qui, dans le jeu de quelques camarades,
Ne voyait rien de criminel.
II n’avait fréquenté que les bords de sa grange ;
Mais bientôt notre jouvenceau,
Que le besoin de voir et de savoir démange,
Fit connaissance d’un rat d’eau.
Celui-ci, vicieux et plein d’expérience,
De son nouvel ami se porta le Mentor,
Lui proposant entre eux la bonne intelligence
Et de Pollux et de Castor.
Ce fut alors qu’un nouveau monde
S’offrit aux regards étonnés
De notre rat, nouveau Joconde,
Dont tous les sens sont fascinés.
La mère hasarda de faibles remontrances ;
Mais le fils, déjà fort de ses succès nouveaux,
Sans perdre le respect, reçut mal ses instances,
Et la mère entrevit, dès ce jour, bien des maux.
Cependant, nos deux rats étaient inséparables,
Ensemble on les voyait courir tous les plaisirs,
Près des jeunes beautés ils faisaient les aimables.
Bref ils n’épargnaient rien pour charmer leurs loisirs.
Le rat d’eau, d’humeur querelleuse,
Par l’autre était bien imité,
Et ce dernier, sortant d’une scène orageuse,
Arrivait au logis souvent fort maltraité.
On jouait, on .pillait, on faisait bonne chère,
On riait, on chassait, on courait les tripots,
Et notre jeune rat, n’écoutant plus sa mère,
Ne quittait presque pas les verres et les pots.
Un jour, nos deux amis, dans une promenade,
Aperçurent, au bord de l’eau,
Une ravissante naïade,
Pour nos deux rats friand morceau.
Aussitôt on se précipite
Pour mieux voir ce nouvel objet,
Mais la belle, courant plus vite,
Se jette en l’onde et disparaît.
Ne redoutez rien pour sa vie,
C’était aussi son élément.
Notre belle est bientôt suivie
Par le rat d’eau, franc garnement.
Le jeune rat, par habitude,
Fit ce qu’avait fait son ami :
Avec là même promptitude
A l’onde il s’abandonne aussi…
Hélas ! ce fut sa fin. Le lendemain sa mère.
Eut de sa mort la certitude amère.
Ce jeune rat mieux dirigé
Eût eu certainement une belle existence;
Mais son naturel fut changé
Quand d’un mauvais sujet il eut fait connaissance.
Si vos enfants sont parvenus
A l’âge de l’adolescence,
Ne vous faites pas leur Argus,
Mais ne souffrez pas la licence.
Sachez comment ils vont s’unir,
Car, à cet âge de la vie,
Bonne ou mauvaise compagnie
C’est bon ou mauvais avenir.

« Les deux Rats »

bg
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