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Les Parasites, fable de Duval

001 Achille Duval

Les animaux d’une vaste forêt
Sous les lois d’un lion composaient un royaume,
Et ce monarque en régnant s’honorait,
Car du sang de son peuple il était économe.
C’était donc un bon prince et tous ses lieutenants
S’empressaient à l’envi de suivre son exemple.
Il savait vivre en paix avec ses attenants,
Et jamais de Janus on n’entr’ouvrait le temple.
Cependant, comme rien sur terre n est parfait,
Le monarque, trop débonnaire,
Ne savait prendre sur le fait
Le mensonge d’un mercenaire ;
Quand généraux et gouverneurs
Sont dispersés dans les provinces,
Toujours courtisans et  flatteurs
Sont assidus auprès des princes.
On sait, sans être grand devin,
Ce que font là ces parasites :
Ils y distillent du venin,
La grande arme des hypocrites.
Ce rôle est facile à remplir,
Ses résultats sont efficaces,
Il s’agit simplement d’offrir
Les affaires sous d’autres faces.
Le lion employait parmi les animaux
Les plus forts et les plus capables,
A certains postes honorables
Il avait envoyé deux tigres des plus beaux.
Mais, hélas ! près de sa personne
Restaient un singe et deux renards :
Ces favoris de la couronne
Étaient simplement trois pendards,
Du pauvre souverain tyranneaux domestiques,
Et dont il écoutait trop souvent les critiques.
Ces trois parasites jaloux
Étaient méchants comme des loups.
Pas de jour où l’on ne dénigre
Les actions d’un pauvre tigre.
Le lendemain c’était son compagnon
Qui, sans pitié, subissait ce guignon.
Le monarque, il est vrai, mit de la résistance
A prendre ces propos comme la vérité :
En ses deux lieutenants il avait confiance,
Et ne crut pas d’abord à leur déloyauté.
Cependant chaque jour davantage on insiste,
Le monarque ébranlé se tourmente beaucoup ;
Ce prince confiant de moins en moins résiste,
On vit qu’il était temps de frapper un grand coup.
Les deux tigres avaient, par excès de prudence,
Sur un point menacé rassemblé des soldats.
À ce fait innocent on mit de l’importance ;
Il fut mis au-dessus des plus noirs attentats.
On fit entendre au roi que cette prise d’armes
Annonçait contre lui de coupables projets,
Et les trois courtisans, avec de feintes larmes,
Plaignaient sincèrement et monarque et sujets.
Enfin on en dit tant avec tant d’artifice,
Qu’on parvint à briser ce fragile édifice,
Qu’on nomme la faveur et que dans cette cour
Les tigres méconnus perdirent dès ce jour.
Le singe et les renards y mirent tant d’adresse
Que le roi, s’étayant d’un motif puéril,
Et prenant pour la force une grande faiblesse,
Envoya, sans délai, les tigres en exil.
Dans tous les états de la vie
Il faut savoir veiller sur vous,
Car vous exciterez l’envie
Et rencontrerez des jaloux.
Ces gens, qui ne savent rien faire,
Savent critiquer ceux qui font,
C’est là leur principale affaire,
Tant leur goût du mal est profond.
Mieux vous ferez votre besogne,
Plus sur vous ils diront de mal :
Envieux et jaloux vous perdront sans vergogne.
On ne saurait trouver plus méchant animal.

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bg

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1 commentaire

  1. C’est très vrai. Fable remarquablement bien écrite. Merci à ruedesfables d’avoir déniché ce fabuliste.

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