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Marie de France

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guy-le-rayGuy Le Ray 
Guy Le Ray a publié un recueil de fables et poèmes fin 2008 (La librairie Galerie Racine).
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MARIE DE FRANCE

Publié le : 07/02/2015

Que dire de l’oubli absolu pendant six siècles des fables de la première poétesse française ? Peut-être en avait-elle le pressentiment quand, dans l’épilogue de son recueil de 103 fables, elle écrivait dans le Français du Moyen Âge les quatre vers suivants :

Al finement de cest escrit
que en romanz ai treité e dit
me numerai pur remembrance
Marie ai nun, si sui de France.
Tout à la fin de cet écrit,
Qu’en français j’ai conçu et dit,
Me nommerai pour remembrance :
Marie ai nom, et suis de France. 
Marie de France
Marie de France

Cette traduction est de Françoise Morvan, dans son remarquable livre sur les fables de Marie de France, qu’elle restitue en respectant le style et la forme rimée des vers, livre publié par les Éditions BABEL- ACTES SUD 2010.

Ce n’est qu’au 19ème siècle, par la découverte de plus de 30 manuscrits médiévaux enluminés de ses 103 fables, que Marie de France vient prendre sa place dans l’histoire de la littérature française. La Fontaine, le plus illustre des fabulistes, ignorait donc qu’il avait été précédé par un auteur de grand talent, inspiré comme lui-même pour une grande part de son oeuvre par Ésope, le père du genre. D’ailleurs, au Moyen Âge, on appelait les recueils de fables des Ysopets.

De la vie de Marie de France, on ne sait pratiquement rien, si ce n’est, comme elle le dit, qu’elle est de France. Cette information est capitale car elle vivait en Angleterre auprès de Seigneurs puissants, dans la deuxième moitié du 12ème siècle. Elle tient d’ailleurs à préciser dans l’épilogue qu’elle a écrit ce livre pour  l’amour du Comte Guillaume. Certains disent qu’elle était abbesse de l’abbaye de Reading, d’autres de celle de Shaftesbury.

Si sa vie reste mystérieuse, son talent est limpide et son regard sur le monde qui l’entoure lucide et impitoyable. Pour servir les courts récits que sont ses fables, elle écrit en vers rimés dans un style unique, vif, imagé, moderne même, malgré le côté uniforme des vers de huit syllabes. Ses fables sont une forte critique sociale et une stigmatisation sans concession des puissants prêts à tout pour le pouvoir. Par la traduction limpide de Françoise Morvan, nous pouvons apprécier pleinement les talents littéraires de Marie de France et la grande force morale qui traverse ses fables, dans une époque où la “ raison du plus fort était toujours la meilleure “.

Femme moderne, Marie de France l’était certainement, femme courageuse aussi car dénonçant les exactions des puissants, femme visionnaire enfin lorsqu’elle montre que le mal n’est pas seulement dans ceux qui ont le pouvoir, mais qu’il est tapi dans tout un chacun et prêt à surgir à la moindre occasion.

Ce côté visionnaire apparaît encore dans l’épilogue quand elle écrit :

Put cel estre que clerc plusur
prendereient sur eus mun labur
Ne voil que nul sur li le die
cil fet que fol ki sei ublie.
Il se peut qu’un clerc ou plusieurs
Mettent sous leur nom mon labeur.
Je veux qu’à nul il ne soit dit :
Fol est qui soi-même s’oublie.
Six siècles avant Beaumarchais, qui a tant œuvré pour la reconnaissance et la préservation des droits des auteurs, Marie de France en avait perçu la nécessité.

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bg

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3 commentaires

  1. Bonjour,

    Je recherche un poème ou une fable traitant de la fourberie, thème un loup qui demandait asile à un paysan ou un berger
    s’agit-il d’Esope, de La Fontaine ou d’un autre fabuliste, j’ai essayé Babrius sans résultat
    merci de vos informations

    • Voici deux fables d’Esope, peut-être que celle que vous cherchez est parmi celles-ci:
      LE LOUP ET LE BERGER

      Un loup suivait un troupeau de moutons sans lui faire de mal. Le berger tout d’abord se gardait de lui comme d’un ennemi et le surveillait peureusement. Mais comme le loup le suivait toujours sans faire la moindre tentative d’enlèvement, il pensa dès lors qu’il avait là un gardien plutôt qu’un ennemi aux aguets; et comme il avait besoin de se rendre à la ville, il laissa ses moutons près du loup et partit. Le loup, pensant tenir l’occasion, se jeta sur le troupeau et en mit en pièces la plus grande partie. Quand le berger revint et vit son troupeau perdu, il s’écria : « C’est bien fait pour moi ; pourquoi confiais-je des moutons à un loup ? »

      Il en est de même chez les hommes : quand on confie un dépôt à des gens cupides, il est naturel qu’on le perde.

      LE BERGER ET LE LOUP NOURRI AVEC LES CHIENS

      Un berger, ayant trouvé un louveteau nouveau-né, l’emporta et l’éleva avec ses chiens. Quand le louveteau fut devenu grand, si parfois un loup enlevait un mouton, il lui donnait la chasse lui aussi, avec les chiens. Quand parfois les chiens ne pouvaient pas atteindre le loup et par suite s’en retournaient, lui le suivait jusqu’à ce qu’il le joignît, et qu’il eût, en tant que loup, sa part de la proie ; puis il prenait le chemin du retour. Si un loup n’emportait pas de mouton hors de la bergerie, lui-même en tuait un en cachette et le mangeait avec les chiens. Mais à la fin le berger devina et comprit ce qui se passait, et tua le loup en le pendant à un arbre.

      Cette fable montre qu’un naturel pervers ne peut donner un caractère honnête.

      Cordialement.

  2. Je rajouterai si vous le permettez que le Comte Guillaume, à qui les fables semblent être dédiées, serait Guillaume de Mandeville, comte d’Essex, qui fut un des favoris du roi Henri II. Quand à Marie de France toutes les hypothèses sont à prendre en compte, vu qu’il n’existe pas de preuves avérées sur sa vie. J’aimerai bien sur qu’elle soit française pour notre grand bonheur ! Bel éloge pour cette Dame qui mériterait plus de reconnaissance, Monsieur Le Ray et Madame Françoise Morvan, devraient faire des émules, pour lui rendre hommage. Alban

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