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Pas de quoi en faire une histoire ?

Éditos et chroniques


Christian Satgé, Professeur d’Histoire & de Géographie à Poueyferré dans les Hautes-Pyrénées…
Blog de l’auteur : Les rivages du Rimage
Fables sur ce site

Pas de quoi en faire une histoire ?

C’était au temps, pas si vieux ni si bon, entre jadis et naguère, où il ne fallait pas tirer les choses aux clercs parce que cela leur faisait mal pas plus qu’il ne fallait se moquer de la justice c’est-à-dire railler le Parquet. Phèdre avec qui plus d’un parmi nous (miaou !) a perdu son latin, affirmait alors que « le mérite de la fable est double : elle suscite le rire et donne une leçon de prudence » (Fables, Livre 1, Prologue). C’est sans doute pour cela que vous êtes arrivés à grands pas ou en trainaillant, jusqu’à cette RuedesFables où, provisoirement en vie, comme tout un chacun, je ne fais rien, même pas mon âge. J’exagère. Ayant l’humeur à l’humour, après avoir joué les Pénélope en essayant de donner corps et âme à quelque texte où le son fait sens pour l’âne et les autres équidés, j’y rôde quand vous vous êtes à la maraude, essayant de vous distraire et, peut-être, d’édifier des châteaux de fables comme tant de fabulistes d’hier ou d’aujourd’hui. Je n’y gagne que d’insondables insomnies et l’aigre amertume de n’avoir de plume que pour voler des instants tannés sans prendre de pause. Aussi, je ne puis, comme certains pour épater la galerie et le parterre, exhiber des tablettes de chocolat à l’endroit où je stocke les miennes, empâté de pâtés. Enfin, « quand on a pas d’obole, on n’en fait pas une drachme ! » comme aurait pu dire Esope qui n’était pas le premier venu, quoique notre aîné, puisqu’on lui devrait la paternité du genre qui nous occupe… et plus qu’à notre tour (de taille, bien sûr !).

Parce que « l’arbre qui tombe fait plus de bruit que celui qui pousse » comme on dit en Afrique du Sud, pour tous les auteurs qui logent à cette même enseigne – où vous vous trouvez pour l’heure – plus souvent qu’en leur ruelle, entomologistes plus que moralisateurs, elle est plus qu’une alcôve. C’est un site, un laboratoire de recherches et surtout de trouvailles. Ayant tous une situation mais pas de site, il est devenu leur C.N.R.S. – Communauté de Regroupement de Narrations Symboliques – où on trouve plus de chercheurs qui trouvent que de chercheurs qui cherchent… si ce n’est noise à quelque écureuil empanaché dans les exploits de sa queue ou des poux dans la tonsure de quelque hippie à Calvi. Si. Même s’il ne faut pas mettre de Badoit entre Dutronc et les Corses, avec nos maux, et ceux de notre monde qui, à tout prendre n’est ni pire ni meilleur que ceux qui l’ont précédé, nous faisons mots et vermeils. Il faut être teigne comme Taine, l’Hippolyte qui ne goutait guère au géant V. Hugo, pour prétendre que J.-P. Claris de Florian « proposait aux dames mignonnes et fardées, en façon de fables, de jolies énigmes, et leur arrangeait un bouquet de moralités fades ; il peignait d’après l’Émile la tendresse conjugale, les leçons maternelles, le devoir des rois, l’éducation des princes,… » (1883)

Ici, comme nous, vous abandonnerez ces brouettées d’idées reçues sur le coin du nez qu’on nous assènent à la téléinfusion, refuserez la brassée de ces paroles jetées en l’air qui passent pour données, rejetterez ces poignée d’histoires rendues populaires pour le railleur et le sbire,… Si vous ne souffrez plus de ne pas souffrir ces bonnes gens qui font de leur bibliothèque un éteignoir à mots, un purgatoire de pensées ou un dépositoire d’âme où sommeille l’esprit qu’ils n’auront jamais, vous êtes in the place to be, c’est-à-dire chez vous. Car vous êtes encore – ou toujours – sensibles la portée didactique des fables qui seule peut expliquer qu’elles aient circulé, sans vergogne, reprises et reprisées, adoptées autant qu’adaptées, d’une culture à sa cousine ou d’une époque à sa voisine car « la fable est une sorte d’alphabet de l’Humanité au moyen duquel on a pu écrire les premières certitudes philosophiques » (G. K. Chesterton). Elle est la meilleure preuve, s’il en faut, que d’un pôle à son opposé et d’un méridien à son antipode, l’Humain, qu’il soit extrémiste ou sang triste, est le même partout, avec des valeurs constantes et des préoccupations inchangées de tous temps même si, par manque de soleil, les gens du Nord sont parfois ombrageux et que, quoique chaud latin, l’Ibère est souvent froid au premier abord.

À l’heure des FaceBookmakers et des réponses sous twittaine, RuedesFables, point d’échoppes qui vous chopent, de magasins à vous rendre zinzins,… mais fabliaux d’affables et fabulettes de fabulateurs entre lesquels se promener car ils sont des continents qui ne dériveront pas, Instagram épique et pique et colère rame. C’est là ma zone, écrite noir sur blog, cette Amazone où la main de l’homme n’a que trop posé le pied dans des sentiers battus… et où on peut encore ouvrir des routes pour demain et, sans plus de façons, vous inviter à Linkediner… et G+ si affinités. Si, comme nous, en gros, vous ne faites pas dans le détail, et en particulier dans le général, continuez à y baguenauder du regard et y musarder du coin de l’œil. Certes, « le bigleux qui persévère sans lanterner n’ira pas plus loin qu’un “voyant” illuminé qui s’aveugle sur son prétendu don », comme dit ma poule qui philosophe, mais vous conviendrez qu’à fureter et à renarder dans cette voie-là, vous finirez par trouver que les animaux sont parfois bonhommes et que la morale de toute fable fiable, même faible, n’est pas que « l’homme est une bête. » (Marco Denevi) Cette littérature-là, souvent déconsidérée, correspond trait pour trait, et par ses portraits, à ce qu’écrit P.H. Gomond dans Pereira prétend (Sarbacane, 2016) : « La philosophie se targue de parler de l’essentiel, et ne s’occupe peut-être que de frivolités… La littérature c’est l’inverse. »

Fabuleusement vôtre ! »
Christian Satgé

bg

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4 commentaires

  1. Merci Anne de m’encourager dans un exercice qui essaie, avec humour j’espère, de parler de cette passion de fables qui nous unit et un peu plus… Au plaisir de vous procurer quelque joie à nouveau.

  2. Pas de quoi en faire une histoire… édito d’une portée historique sur ce qui nous entoure, sur nos mœurs et la fable bien sur. C’est top!

  3. Merci Geno. Fi, le terme peut paraître faible vu les gentillesses que tu me prodigues pour ces mots un peu fous, pas très fins parfois, jamais fats, souvent flous, ni faits ni affaire, mais qui ne sont pas feints. Au plaisir de te croiser dans la RudedesFables ou tout autre artère où bat le sang de ton propos.

  4. Les mois qui passent tant sont un cadeau du temps,
    Avec à chaque fois ton édito, Christian… !
    A se lire à voix haute, à gorge déployée
    Tant mieux pour les voisins, ils voudront essayer…

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