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Pas si bêtes

Éditos et chroniques


Christian Satgé, Professeur d’Histoire & de Géographie à Poueyferré dans les Hautes-Pyrénées…
Blog de l’auteur : Les rivages du Rimage
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Pas si bêtes

Asthmatique qui ne manque pas d’air, ma concierge, je l’avoue, est de temps à autre digne d’éloges (au moins tout autant que son franc-maçon de beau-frère) : toujours à l’affût de fables affinées, quoique guère affûtée, comme Madame de Sévigné, elle pense que « les Fables de La Fontaine sont un panier de cerises. On veut choisir les plus belles, et le panier reste vide. » Mieux, parce que, comme Marie de Rabutin-Chantal, elle a l’esprit d’escalier et, grâce à la Poste, elle est aussi une femme de lettres, ce pet-de-nonne ne goûte que modérément à mes petits pâtés de fables de plaisant plaisantin, estimant que, depuis le Grand Siècle, il n’est de belles plumes qu’au cul des oiseaux. Et tout le reste n’est que littérature ou plutôt, dans son cas, litre et biture.

Amateur éclairé, traité jadis de tête d’ampoule bien que je n’eusse pas alors l’électricité à tous les étages, je suis loin d’être une lumière mais serais capable de faire entendre raison à un sourd. Fier comme un paon, je me suis vanté, un jour venté, de pondre des aphorismes qui, s’ils n’étaient pas des œufs d’or, faisaient de convenables omelettes. Ça a fait boffer la bouffonne bouffie comme buflone ; l’ego battant de l’aile, j’ai quand même refusé de monter sur mes ergots comme l’aurait fait tout homme de plume de mauvais poil. Aussi ai-je convaincu cette forte tête, parfois faible d’esprit, de venir faire un tour sur « RuedesFables » pour se régaler d’auteurs à talons pleins de talent au lieu que ne la gave un modeste fabuliste ayant le tort de n’est pas encore mort, simple rimeur amnésique comme votre humble serviteur, Pourtant c’est troublant le trou noir du trouvère ! Et, miracle, cette pipelette apparentée à la dinde côté babil et, pour le Q.I., à la poule faisane, a bien voulu me tendre une oreille attentive en lieu et place de sa main quémandeuse ou de son doigt accusateur qui met à l’index tout mauvais payeur. Bien lui en a pris, m’a avoué plus tard la pécore, en me réclamant cinq ans d’arriérés d’étrennes car si, toute en maux, elle ne paie pas de mine, elle ne se paie pas, non plus, de mots !

Elle a ainsi retrouvé non sans plaisir, son cher La Fontaine, redécouvert Florian mais aussi croisé pour la première fois, et avec joie, Imbert, Du Houlay, La Mothe, Ségur, Vitallis,… et quelques auteurs locataires du site, ses contemporains eux, dont elle oublia le nom mais qu’elle vit, c’est louche, d’autre œil que le torve qu’elle me sert, d’ordinaire, comme œillade. Car si nous usons des mêmes mots sans parler tout à fait la même langue, chacun de nous, ici, met en scène les mêmes bêtes y compris la plus bestiale d’entre elles, gibier de potence parfois, l’Homme qui se cache derrière ces animaux, dans des paraboles contées en prose chiffrée comme en vers comptés. On y trouve des oies faisandées qui se font suer et donc viennent vous faire « monter la transpiration » qui côtoient des oiselles, plus insignes que cygnes, ayant une cervelle d’oiseau et un estomac de moineau donc prenant la mouche facilement,… Bref, des bestioles qui rappellent que le poivre des emmerdes met du sel dans une vie qui tournerait vinaigre si on ne mettait pas de l’huile dans ses rouages et comme J. de La Fontaine nous confessons : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. ». Aussi, derrière cette faune, devine-t-on papas gâteaux devenus papys gâteux, aperçoit-on des pères qui se font la paire abandonnant, las, des mères dès lors amères ou des filles qui vous font du pied avant de vous marcher dessus,… Mais le fabuliste n’est pas censeur obtus bonheur la chance ni docte professeur donnant des leçons mais aimable entomologiste qui sait qu’à force d’avoir de mauvais penchants on finit par tomber et, pour ce faire, habille d’un treillis de lierre les arêtes de toute pierre… que l’on soit de ces miséreux pas toujours misérables ou de ces rois sans majesté qui voudraient qu’on leur dise “Sire” alors qu’ils ne sont que suif errant !

Rien n’est plus utile donc que des contes à morale avec leurs bébêtes en troupeau à la merci de fauves brutes qui font sourire en coin dans La Bruyère ou grincer des Molière, qu’elles soient nées dans un hier intemporel désormais universel ou dans notre présent oppressant. Mieux, il reste à l’olibrius de l’abri-bus comme au quidam à dames, dans un aujourd’hui souvent désert aussi désolé que désolant, la consolation qu’offrent ces fables fabuleuses et leurs affables fabulistes. Et on les trouve ici, « RuedesFables ». Pas ailleurs. Que m’importe comment vous y êtes venus – désir de découverte, nécessité scolaire, curiosité intellectuelle ou heureux hasard – vous y êtes et y serez toujours les bienvenus pour faire que ce genre littéraire que l’on dit démodé, voire périmé, survive de nos jours et à nos jours, à une heure où on se tue la santé dans un travail qui ne nous donne pas toujours les moyens financiers de la recouvrer et où on va plus volontiers à l’occulte qu’au culte. Que Dieu – quelque nom qu’on lui donne – qui n’est plus à vendre en soit donc loué !

fabuleusement vôtre !

  • Christian Satgé

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bg

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2 commentaires

  1. Merci pour ce commentaire qui me va droit au cœur et me donne l’envie de poursuivre dans cette jonglerie. Au plaisir de vous faire, à nouveau, plaisir, Julia.

  2. Merci Christian pour cette promenade bucolique. Vous avez votre façon de le dire, vous jonglez avec les mots , et à merveille!!!!!
    Juste qu’il faut lire au moins deux fois le texte, un petit bijou accroché au veston de notre belle langue. Merci

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