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Esope, fable, la Cigale et les Fourmis
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De la Fourmi et de la Cigale

de-la-fourmi-et-de-la-cigale

“De la Fourmi et de la Cigale” – La Fourmi faisait sécher son froment qui avait contracté quelque humidité pendant l’hiver. La Cigale mourant de faim, lui demanda quelques grains pour subvenir à sa nécessité dans la disette où elle se trouvait. La Fourmi lui répondit durement qu’elle devait songer à amasser pendant l’été pour avoir de quoi vivre pendant l’hiver. ” Je ne suis point oisive durant l’été, répliqua la Cigale, je passe tout ce temps-là à chanter. – Oh bien, repartit la Fourmi, puisque cela est ainsi, je vous conseille de danser maintenant ; vous méritez bien de mourir de faim. “

Autre version

” La Cigale et les Fourmis “ – C’était en hiver ; leur grain étant mouillé, les fourmis le faisaient sécher. Une cigale qui avait faim leur demanda de quoi manger. Les fourmis lui dirent: « Pourquoi, pendant l’été, n’amassais-tu pas, toi aussi, des provisions? — Je n’en avais pas le temps, répondit la cigale : je chantais mélodieusement. » Les fourmis lui rirent au nez : « Eh bien ! dirent-elles, si tu chantais en été, danse en hiver. »

Cette fable montre qu’en toute affaire il faut se garder de la négligence, si l’on veut éviter le chagrin et lé danger.

  • Esope – VIIe-VIe siècle av. J.-C

de cicada et formica

Quisquis torpentem passus transisse iuventam,
Nec timuit vitae providus ante mala,
Collectus senio, postquam gravis adfuit aetas,
Heu frustra alterius saepe rogabit opem.
Solibus ereptos hiemi formica labores
Distulit, et brevibus condidit ante cavis.
Verum ubi candentes suscepit terra pruinas
Arvaque sub rigido delituere gelu,
Pigra nimis tantos non aequans corpore nimbos,
In propriis laribus humida grana legit.
Decolor hanc precibus supplex alimenta rogabat,
Quae quondam querulo ruperat arva sono:
Se quoque, maturas cum tunderet area messes,
Cantibus aestivos explicuisse dies.
Parvula tunc ridens sic est affata cicadam;
Nam vitam pariter continuare solent:
Mi quoniam summo substantia parta labore est,
Frigoribus mediis ocia longa traho.
At tibi saltandi nunc ultima tempora restant,
Cantibus est quoniam vita peracta prior.

La Fourmi et la Cigale

Qui laisse s’écouler sa jeunesse dans l’oisiveté sans prévoir et sans craindre à l’avance les malheurs de la vie, une fois accablé par la vieillesse, au temps des années pénibles, ce sera souvent en vain, hélas ! qu’il demandera le secours d’autrui. Une fourmi, en trottinant en été hors de son trou, avait mis en réserve pour les jours d’hiver le produit de son travail et l’avait serré dans ses étroites galeries. Quand la terre eut revêtu son blanc manteau de gelée et que les champs eurent disparu sous une couche de glace durcie, incapable d’affronter de telles intempéries, elle ménageait avec grand soin ses provisions et, sans sortir de chez elle, elle trouvait des grains encore frais. Une cigale toute flétrie vint en la suppliant lui demander quelque nourriture. Naguère elle avait étourdi la campagne de ses cris aigus. Elle avait aussi, disait-elle, quand sur l’aire on battait les épis mûrs, passé les jours d’été à chanter. La petite fourmi se mit à rire et parla à la cigale en ces termes : « N’aimerais-tu pas par hasard à vivre encore de cette manière? Moi, comme à force de travail j’ai amassé des provisions, j’ai au coeur de l’hiver une longue période de repos. Toi au contraire, il te reste à danser jusqu’à la fin de tes jours, puisque tu as passé jusque-là ta vie à chanter.»

  • Phedre – (14 av. J.-C. – vers 50 ap. J.-C.)
La Cigale et la Fourmi par Grandville
La Cigale et la Fourmi par Grandville

La Cigale et la Fourmi

On connaît les amis dans les occasions.
Chère Fourmi, d’un grain soyez−moi libérale ;
J’ai chanté tout l’été : tant pis pour vous Cigale ;
Et moi j’ai tout l’été fait mes provisions.
Vous qui chantez, riez, et toujours sans souci,
Ne songez qu’au présent, profitez de ceci.
Pleurs, dit un vieux refrain, sont au bout de la danse.
J’ajoute : l’on périt faute de prévoyance.

  • Avianus – (IVe. et VIe. siècle)

D’un Gresillon e d’un Fromi

D’un Gresillon dist la ménière
Qui dusqu’à une fromiéère
El tans d y vers esteit alez,
Par aventure enz est entrez;
La viande demanda et quist,
Car n’en aveit nient ce dist
En sa mesun , n’en snn recet .
Dist la Formiz, k’as-tu dune fet
Kant tu déusses gaaingnier
En mois d’aoust è purchacier.
Je chantai, feit-il, è déduiz
Les autres Bestes , mais ne truiz
K’il me voille guerreduner,
Pur ce m’estuet ehsi aler;
Dist la Fromiz, or chante à mei,
Par cele fei que jeo te dei ;
Melx fust que tu te purchacasses
En mois d’aoust è gaaignasses,
Ke venisses de freit murant
A mun wuis viande querant ,
Pur coi te dunrai-je à mengier
Qant tu ne me pues mais aidier.

Moralité.

Pur ce deffent que nus ne vive
En nun-caloir ne en widive
Selunc ce que chascuns deit faire
Se doit pener de bien atraire.
Plus est chiers cil qi a quoi prendre
Que s’a l’autrui l’estuet atendre.

  • Marie de France – (1160 – 1210)

La Fourmi et le Criquet

Ilz sont à court deux gens équipolé
L’un à fourmi , et l’autre à ceraseron.
Li froumi fait pourvéance de blé,
Pour son yver, ou temps de la moisson ;
Il vit espargnablement,
Et se gouverne en tous cas saigement ;
Le temps futur a en sa remembrance,
Tant que nul jour ne sera indigent:
Qui saiges est face ainsi pourvéance.
Le céraseron par le temps de l’esté
Ne fera jà nulle provision ;
Il vit aux champs, et quant s’est aosté
Il se retrait en aucune maison,
Et au four communément
Et ès foyers chante doubteusement.
A grant dangier quiert illec sa substance ;
Mais li fourmi se pourvoit cautemont :
Qui saiges est face ainsi pourvéance.
Cculs qui long-temps ont à court demouré,
Qui sont pourveu compère au fremion ;
Car en servent se sont rémunéré,
Et ont acquis rente ou possession ;
Mais li simple et ignorant,
Sont céraseron, famelliens, négligent,
Qui ont chanté et mis en oubliance
Le temps doubteus ; le froumi les reprant :
Qui saiges est face ainsi pourvéance.

  • Eustache Morel dit Eustache Deschamps (1340 – 1406)

Provision de saison

La provision de saison,
Soit bonne ou soit maulvaise année,
Quand elle est par droict ordonnée,
Elle faict la riche maison.

De la Formis et de la Sigalle ou Grillon

Une grand troupe de Formis
Ensemble en ung creux s’estoient mis,
Et avoient durant tout l’esté
Amassé grande quantité
De bled, qu’ilz avoient peu trouver
Pour se nourrir durant l’hyver;
Lequel venu, une Sigalle,
De qui la cure principalle
Est de chanter l’esté durant,
Laquelle estoit faim endura nt,
Vint aux Formis, et leur pria
Luy donner sy peu qu’il y a
De leur bled. Ce qu’ilz refuserent,
Et par rigueur luy demanderent
Qu’elle avoit faict l’esté passé
Sans avoir son pain amassé.
Dict la Sigalle : « Je chantoie
Et par les bledz je m’esbatoie.
— Lors, dirent les Formis ainsy,
Il fault que l’endures aussi :
Puisqu’ainsi est que tu as tant
Chanté l’esté en t’esbatant,
Il te fault en hyver dancer :
Ainsi te fault recompenser. »
Qui ne pourvoit en temps et heure
En grand’necessité demeure.

  • Gilles Corrozet (1510 – 1568)
La Cigale et la Fourmi
La Cigale et la Fourmi

Formica et Cicada

Hiberno exponunt dum frumenta humida soli
Formicae , confecta fame et moribunda Cicada
Auxilium rébus supplex orabat egenis.
Hanc Formica anus et multo usu docta rogavit,
Quid rerum aeatate egisset Cumque illa, sonoro
So membranorum pulsu et crépitantibus alis,
Diceret, aectivos hominum lenisse labores.
Formica excipiens: Si tunc, inquit, cecinisti
Imprudens animi, vacuo nunc corpore salta !

Aetatis dum ver agitur, tum consule brumae !

La Fourmi et la Cigale

Des prudentes Fourmis la Famille frugale
Exposoit au soleil ses grains pour les sécher,
Lorsqu’une famelique & mourante
Cigale Les suplia de fe laisser toucher
A sa misère sans égale.
Une vieille Fourmi, qu’elle scandalisoit,
L’interrogea de ce qu’elle faisoit
Pendant la saison des javelles.
Elle dit, je chantois, & le bruit de mes ailes
Charmoit des moissonneurs le travail & l’ennui;
Vous chantiez, répondit la vieille ménagère,
Et bien dancez donc aujourd’hui,
Que la faim vous rend si légère.
” Tout homme, s’il n’est hebeté,
” Doit songer a l’hyver quand il est en été.

  • Gabriele Faërne ou Gabrile Faerno – XVIe. ?

La Cigale et la Fourmi

On connaît les amis dans les occasions.
Chère Fourmi, d’un grain soyez−moi libérale ;
J’ai chanté tout l’été : tant pis pour vous Cigale ;
Et moi j’ai tout l’été fait mes provisions.
Vous qui chantez, riez, et toujours sans souci,
Ne songez qu’au présent, profitez de ceci.
Pleurs, dit un vieux refrain, sont au bout de la danse.
J’ajoute : l’on périt faute de prévoyance.

  • Isaac de Benserade – (1612 – 1691)

La Cigale et la Fourmi

La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau*.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut*.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

  • Jean de la Fontaine – (1621 – 1695)
La Cigale et la Fourmi
La Cigale et la Fourmi

La cigarra y la hormiga

Cantando la Cigarra
pasó el verano entero,
sin hacer provisiones
allá para el invierno;
los fríos la obligaron
a guardar el silencio
y a acogerse al abrigo
de su estrecho aposento.
Viose desproveída
del precioso sustento:
sin mosca, sin gusano,
sin trigo, sin centeno.
Habitaba la Hormiga
allí tabique en medio,
y con mil expresiones
de atención y respeto
la dijo: «Doña Hormiga,
pues que en vuestro granero
sobran las provisiones
para vuestro alimento,
prestad alguna cosa
con que viva este invierno
esta triste cigarra,
que alegre en otro tiempo,
nunca conoció el daño,
nunca supo temerlo.
No dudéis en prestarme;
que fielmente prometo
pagaros con ganancias,
por el nombre que tengo.»
La codiciosa hormiga
respondió con denuedo,
ocultando a la espalda
las llaves del granero:
«¡Yo prestar lo que gano
con un trabajo inmenso!
Dime, pues, holgazana,
¿qué has hecho en el buen tiempo?»
«Yo, dijo la Cigarra,
a todo pasajero
cantaba alegremente,
sin cesar ni un momento.»
«¡Hola! ¿conque cantabas
cuando yo andaba al remo?
Pues ahora, que yo como,
baila, pese a tu cuerpo.»

Félix María Samaniego – (1745 – 1801)

La cigale et la fourmi

(La Fourmi ensemb’ li grélé)
Au Bras-Sec, dans l’plis haut d’Brilé,
A proç fricé Ma-Véronique,
L’avait ein s’en mêler grélé
Qui çantait tout l’jour son misique ;
Li n’embarrass’ pas lendimain.
Dans tout la saison l’hivernaze,
Son vivr’ li trovait dans n’cimin.
A qu’faire va souer pour fait plantaze?
Mais v’là que li beau temps la fini,
Vivr’ n’a point, la fraid y rentre,
Pauvr’ grélé la rest’ tout cami,
Comment qu’va manzer son plein ventre?
A forç vir’ son mazination
Li dit : “Moi connaît quoiqu’ moi faire!
” Mon voisin fourmi bon nation,
” Va prête à moi mon nécessaire.”
Li court la cas’ fourmi, li cogner rondement,
Tin’ fourmi cri darrière la porte :
” Qui çà qui cogn’ si hardiment?
” Quiq’çôs” pour vendre? Allons, apporte!”
Li grélé répond : “Moi l’a grand faim!”
La fourmi guett’ à li par d’arrièr’ son serrire.
Li dit : “Grélé, vous trop malin!
” Prends pas moi pour vout’ couvertire,
” Qouq’ vous y fait soir et matin?
” Dans’n l’eau vous mirer vout’ figuire?”
Grélé r’vir’ : “Tir pas vout’ fiçant,
” Vous sait qu’moi content badinaze,
” Moi tait çanter continellement.
” Çà mêm’ l’était tout’ mon l’ouvraze.”
En morgrognant, fourmi dit : “Vous calamaka
” Moi n’don’ra pas vous ein bicique ;
” Si vous tant content la misique,
” Vous pé bien danser la polka.”

  • Louis Héry – ( 1808 – 1856)

La Cigale et la Fourmi

LA CIGALE.
J’ai chanté
tout l’été,
Mais je suis bien dépourvue,
Depuis que la bise est venue
Pas un seul petit morceau
De mouche et de vermisseau !
Irai-je crier famine
Chez la fourmi, ma voisine?
Je la vois venir quel bonheur!
Bonjour, ma sœur !

LA FOURMI.
Bonjour, ma mie !

LA CIGALE.
Secourez-moi, je vous prie. Comment ?
Veuillez me prêter
Quelque grain, pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Car mon angoisse est mortelle,
Je vous paîrai, foi d’animal.
Intérêt et principal.

LA FOURMI.
Oh, oh ! je ne suis pas prêteuse,
C’est là mon moindre défaut.
Que faisiez-vous ou temps chaud ?
Répondez, belle emprunteuse.

LA CIGALE.
Nuit et jour, à tout venant,
Je chantais, ne vous déplaise.

LA FOURMI.
Vous chantiez, j’en suis fort aise ;
Eh bien ! dansez maintenant.

LA CIGALE.
Apprenez la prévoyance
Dès votre enfance.
Puisse ma mort,
Vous faire éviter mon sort !

  • Champeau, Louis-Dominique (1817-1880)

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La cigale et la fourmi

Yon cigale y té tini,
Qui toujou té ka chanté ;
Y té tini yon frommi
Côté li té ka rété.
Yon jou cigale té ni faim ;
Li ka chaché mòceau pain ;
Li allé dit frommi là :
« Ba moin ti brin mangé, m’a
Ranne ou quand moin va trouvé
Quéchose qui bon pou mangé. »
(Zott save frommi pas aimein
Prêté ni longé lamain.)
Li dit cigale : « Ché doudoux,
Ça ou ka fé tout les jou
Pou ou pas tini mangé ? »
Cigale dit : « Moin ka chanté
Quand yo ka dansé bèlè. »
– « Anh ! Anh ! ou ka chanté, chè,
Ça fè ou pas tini d’autt
Métié ? eh ! ben chè cocott,
Si ou faim, dans bamboula
Allé dansé caleinda. »

C’est pou ça yo ka dit zott
Quand yon moune ka fié compté
Lassous canari yon lautt,
Li pé rété sans soupé. ?

  • François-Achille Marbot – (1817-1866)

La Cigale et sa fille

Une vieille cigale
S’emportait
Contre sa fille qui chantait :
« Ma fille, crains la rafale,
Disait-elle; tes chants causent mon désespoir.
Pourquoi perdre le temps, du matin jusqu’au soir ?
C’est un grand mal que la paresse !
Ramasse un peu de grain avant qu’il fasse noir,
— Calmez-vous, répondit la fille, rien ne presse.
Les vieilles gens sont toujours en souci !
Les étés sont longs, Dieu merci !
De quoi vous mettez-vous en peine ?
En paressant je me crois reine.
Si le travail, d’ailleurs, offre tant d’agrément,
Pourquoi ne m’avoir pas élevée autrement ? »

Les enfants de leurs mères
Sont les juges les plus sévères.
Le bon exemple, assurément.
Est le plus sage enseignement.

  •  Raymond Belfeuil – (18?? – 1???)

La Cigale et la fourmi

La Cigale est un peu flâneuse,
Peu prévoyante et trop chanteuse;
Ce sont là ses mauvais côtés;
Mais elle a bien ses qualités :
Nul ne sait mieux pardonner une injure
On connaît sa mésaventure,
Quand, au plus fort de la froidure,
Une voisine, hélas ! d’un toù plein de dédain^
Lui refusa jusqu’au plus petit grain.
Un jour, de grandes fourmis rouges,
Race anglaise, par la couleur,
Et plus encore par le coeur,
En bataillons pressés, s’échappant de leurs bouges,
Enlevaient, en passant, de nombreux pucerons
Pour allaiter leurs nourrissons,
S’applaudissaient de ces tristes victoires,
Et venaient subjuguer de pauvres fourmis noires,
Les asservir*, s’emparer de leurs biens,
En faire enfin, chose à peu près égale,
Des Irlandais ou des Indiens.
Du haut d’un buisson, la Cigale,
Apercevant cette bande infernale
Dont elle sait les coupables desseins,
Et voyant à ses pieds
Justement la voisine
Dont, au plus fort de la famine,
Elle n’avait reçu que des refus grossiers,
Descend, vole, l’appelle :
« Vite! vite! courez, dit-elle;
Voici venir votre rouge ennemi. »
Elle aussi court, crie en jetant l’alarme,
Pour rassembler tout le peuple fourmi,
Et trouve un indicible charme,
Au souvenir d’un vieux méfait,
A s’en venger par un bienfait.
Honteuse et repentante,
Mais aussi bien reconnaissante,
La Fourmi vint, pour elle et pour ses gents,
Apporter des remercîments,
Promettant bien désormais d’être bonne,
Et, sinon de prêter toujours;
Car on en est souvent pour ses débours.
De faire au moins toujours l’aumône.

Paris, 26 décembre 1863. Suite de la fable de La Fontaine

  • Barthélemy de Beauregard – (1803 – 18??)

La Cigale et la Fourmi

La cigale et la fourmi

La cigale ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau !
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelques grains pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
– Je vous rendrais, lui dit-elle
avant l’août, foi d’animal,
intérêt et principal.
La fourmi n’est pas prêteuse,
C’est là son moindre défaut.
– Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse,
– Nuit et jour, à tout venant,
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? J’en suis fort aise.
Et bien ! Dansez, maintenant !
La cigale fort docile,
Sans plus se formaliser,
Se mit de suite à danser.
Elle était coquette, agile,
Et sut charmer le public
Par sa grâce et par son chic.
La cigale bienheureuse,
Ne comptant plus les succès,
Devint première danseuse
A l’opéra des forêts.
Elle eut bientôt sa voiture
Et fit fort belle figure.
Ses atours et ses joyaux
Charmaient tous les animaux.
Lors advint qu’une rivière
Inonda la fourmilière.
La fourmi tendit la main
Sur le rebord du chemin.
Dans sa pressante fringale,
Elle implora la cigale,
Qui lui dit de prime abord :
– Finissez vos patenôtres.
Que faisiez-vous pour les autres,
Quand vous aviez un trésor ?
– Econome et prévoyante,
J’entassais en butinant.
– Vous entassiez, ma charmante ?
Et bien ! Crevez maintenant !

  • Aurélien Scholl – (1833 – 1902)

La Cigale et la Fourmi

Contre-partie des fables de Jean de la Fontaine

A Mademoiselle Ernestine A***

Une vieille fourmi lasse enfin d’amasser,
A jouir voulut commencer;
Je suis riche, dit-elle, et souvent je m’ennuie;
On dit que les beaux arts enfantent la gaîté :
Cultivons les beaux arts; les beaux arts dans la vie
Doivent par l’agrément, avoir sur la santé,
Une douce influence;
Si j’apprenais la danse?
A mon âge danser! Non, apprenons le chant:
Dame cigale en ce moment,
De besogne étant peu pressée,
De m’enseigner elle prendra le soin,
Pour l’honneur seul ; car elle est trop sensée
Pour douter que du riche on puisse avoir besoin.
Dans sa généreuse pensée,
Notre fourmi s’en va trouver
Son ancienne emprunteuse,
Cigale la chanteuse ;
Et pour le lui faire approuver,
Expose son projet.
La cigale moqueuse,
Sourit, Et dit :
Moi pour vous plaire ,
Répondre à votre désir,
Nenni : Rappelez-vous ma chère,
Que je refuse le plaisir,
A celle , qui pour me punir,
Me refusa le nécessaire.

  • Charles Beaulieu 18??-????

 — Ésope, fab. 134
— Aphthonius, fab. 1, Fabula Cicadaram et Formicarum, instigans adolescentes ad laborem.
— Avianus, fab. 34, Formica et Cicada.
— Romulus, livre IV,fab. 19, Formica et Cicada.
— Marie de France, fab. 19, d’un Gresillon et d’un Fromi.
— Haudent, I, fab. 181, d’un Fourmy et d’un Criquet.
— Gilles Corrozet, fab. 99, des Formis et de la Cigalle ou Grillon
— Le Noble, fab. 3, de la Cigale et de la Fourmi. L’économie.
— Mythologia asopica Neveleti, p. 197…
— Jean de la Fontaine, livre I, fable I, La Cigale et la Fourmi.
— Cette fable a été reproduite dans 4e Recueil de poésies chrétiennes et diverses, tome III.

 

8 commentaires

  1. Très intéressant toutes ces versions !
    Pour compléter, connaissez-vous “La cigale” de Jean Anouilh publiée dans son recueil “Fables” ? (édité en poche chez Folio). C’est rigolo, et un peu comme une suite à la propre suite d’Aurélien Scholl…

  2. Merci beaucoup, je suis ravie de découvrir cette publication des fables d’Esope de 1714, traduites par le chevalier Lestrange. Bravo à vous d’avoir dénicher cette édition, d’en avoir extrait des illustrations et d’avoir fait de si belles recherches.

  3. merci ” RUE DES FABLES ” pour la découverte que vous n ‘offrez , avec ce magnifique panel de ” la cigale et la fourmi !! ‘ ( sans vouloir faire un choix au détriment de certains ) j ‘ai bien aimé RAYMOND BELFEUIL et CHARLES BEAULIEU ! annie

  4. Bonjour,
    Très intéressante compilation des fables traitant de la cigale et de la fourmi à travers les siècles.
    Je connais la plupart des illustrations avec lesquelles vous agrémentez le post. Mais je ne connaissais pas la toute première : de-la-fourmi-et-de-la-cigale.jpg. Pourriez-vous m’indiquer de quelle édition elle est tirée ?
    Merci beaucoup pour ce beau travail

    • Elle l’œuvre de Sadeler, “Esope”, l’édition je ne peut pas vous le dire.
      Cordialement,

      • Merci pour votre réponse. J’ai fait une recherche sur les illustrations des Sadeler (ils sont plusieurs dans la famille a avoir été dessinateurs et graveurs) mais je ne trouve pas l’illustration que vous avez placée en tête de ce post et je ne sais pas à quel Sadeler l’attribuer, ni à quelle date de publication.
        J’ai vu que vous avez illustré d’autres fables de La Fontaine avec des dessins de même facture que celui-ci. Vous avez du extraire plusieurs images de cette mystérieuse publication !
        Si vous pouviez la retrouver, ce serait vraiment intéressant.
        Merci encore et belle journée

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