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Factrice à l’horizon, Facture à la maison !

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Éditos et chroniques


Christian Satgé, Professeur d’Histoire & de Géographie à Poueyferré dans les Hautes-Pyrénées…
Blog de l’auteur : Les rivages du Rimage
Fables sur ce site

« Factrice à l’horizon, Facture à la maison ! »

Le titre, c’est à noter sans l’annoter, n’a rien à voir avec ce qui suit… mais son côté « proverbe » irrégulier me plaît bien (note sur le réfrigérateur : Passer chez le teinturier). Puisque, sans forcir, j’ai carte blanche pour noircir une feuille restée vierge, elle, pourquoi me gêner ? Bon, je prends ma respiration et me lance parce que le coup du manque d’inspiration, je l’ai déjà fait et, quoique joueur de mots laid, je n’aime guère repasser les plats… Et oui, tout être égaré n’est pas perdu pour autant, déménage-t-il plus souvent que ses meubles. Pour être dans le vent, je donne la note (LA !) sans la forcer ni la changer car il est des prises de notes qui valent des prises de guerre.

« Entre la foire et les hommages qu’on peut lire sur ce site, moi qui parfois médis – médis trente, n’étant point aussi heuré que d’autres – je dois avouer aux Gémonies et à qui veut l’entendre que Ruedesfables est une réserve de gens ne restant pas sur la leur. C’est une foule folle des facteurs d’apologues, de poémiens et de rimeurs fileurs de vers et de métaphores, un peu saltimbranques et beaucoup écriveurs, qui n’ont rien à voir avec la houle molle des artistes-feindre et autres enfileurs de perles qu’on peut lire ailleurs. Mais qu’est ce donc qu’un fabuliste, outre une note scripturale gaie dans la funeste partition des jours ? Un notable fabulateur affabulant ? Non !… C’est, de quelque sexe qu’il soit, sans faire fausse note, un baladin de la ballade et un avaleur de rêves à valeur de grèves, un funambule du verbe haut, un jongleur de leurres exacts, qui avance mot à maux, pas à page, sur le fil d’une histoire tendue entre hier et aujourd’hui, au-dessus du vide du Temps qui est meilleur compteur que conteur. Un peu bonhomme, cet équilibriste à l’air triste en fait, à hauteur d’homme, un chemin de soi, entre ciel et sol, entre miel et fiel, une route enchantée allant de l’anecdote ne manquant pas de sel à l’universel valant antidote. Il est, c’est notoire, un pertinent impertinent, un malin sans malice qui reste, en regard des siens à l’œil torve et à la moue morve, un peu au-dessus de la Mayenne, comme on dit à Laval. Dans mon cas, pourquoi vous le dérober, un peu enrobé, ce croquant qui croque le monde et esquisse sa plèbe exquise n’a rien d’un dégonflé – mon tour de taille en atteste ! – et espère avoir cette clairvoyance qui veut qu’au royaume des aveugles les borgnes soient rois. Pourquoi ? Parce que ceux-ci voient tout d’un bon œil. Grâce à lui, ou elle, la fable, câble fiable pour le râble si friable, se voit pousser des ailes, et devient une joie durable qui éloigne de tout ce qui pollue momentanément le sable de nos vies (Note du teinturier : 34,50 €) même si elle se fait, à table, commenter par d’aucuns sur le ton qui est bon quand le thon blanc est excellent : « Ris du plaisir qu’une plainte peut interrompre » ! Moi qui aime à aller, hors chaire, dans la chair des maux pour faire chère de mots, j’en prends bonne note, quoiqu’elle me paraissent, de prime abord, aussi mauvaise que la vue d’une cloche digne d’un don. Alors continuons à jouer les acrobates du vers à pieds comptés…

Une fable, sans vergogne ni ambages, plus qu’une notice est un cri d’alarme pour aviser qui n’est plus sur ses gardes à force d’ordinaire ou de manies. Et son auteur est donc un « lanceur d’alerte », certes modeste, pas à la façon d’un Médor médusant car il le fait sur l’air de « je crie mais ne trompe pas ». Avec pour balancier sa plume, chaussé de chansons, en équilibre entre amour souvent cabot et humour parfois chien, l’apologiste est un cador qui va droit au but sachant que, passées les limites, il n’y a plus de bornes. Sans se vouloir donneur de leçons, il professe avant tout l’espoir en son prochain et dans l’humain progrès, bref un amour au sens latin (charitas) pour cet autre, si infernal selon J.-P. Sartre, même si ce sentiment est dans son sens plus restreint – de 19h 45 ? – un fort mauvais jardinier : combien de râteaux pour une pelle ! Le fabuliste est funambule donc, et va, à son rythme, sur la corde de son imaginaire tendue entre lui et autrui, au risque du vertige de virgules furtives ou du choc de points finaux en rien finauds. Même si « l’oraison du plus tors est toujours la meilleure », il en ressort des œuvres parfois inégales au regard du profane qui oublie qu’un texte n’a de valeur que par les yeux qui le lisent, lui donnant vie et voix. Alors face aux fâcheux factieux et autres grincheux grimauds, laissons « pisser le mérinos » comme disait Louis XIV qui ne prenait pas les vessies pour des lanternes même s’il savait, lui, que l’anagramme de lucioles est c… (emplacement publicitaire à louer. S’adresser au modérateur du site) ! Personnellement, n’étant pas du genre toutou à sa mémère, je préfère au soir de Rome, un mâtin de Naples car « un chien vaut mieux que Dieu, tu verras ! » comme l’écrirait en note (salée !) de bas de page tout pasticheur qui connaît ses classiques et mon fauve.

Prêchant pour ma paroisse, merci à RuedesFables de permettre à votre humble fildefériste, à ses pairs et compères, de laisser libre cours à leurs delirium tremens – la seule chose qui le soit (très mince) chez moi – et tant pis pour le carrousel des courroucés qui, le cou roussi, nous courent au nez, couronnés d’ire, et ne nous l’envoient pas… dire. Car je suis plus large d’esprit que de corps – si, si c’est possible ! – j’avoue trouver lourdes et pesantes ces maisons d’édition qui prétendent le genre que nous vous présentons en vitrine à tous les coins de cette artère affable, « gentiment désuet » voire « carrément archaïque ». Il serait donc « impubliable » faute d’un public apte à les recevoir, hormis celui des enfants… encore là « il vous faudrait un illustrateur », si possible illustre depuis des lustres. Les arcanes des choix éditoriaux ont, comme le Sacré, plus le goût du secret que du sucré. Pourtant vos nombreuses visites, populeuses à souhait, qui rendent l’industrieuse RuedesFables si populaire attestent qu’il n’en est rien. Et nous vous remercions de nous permettre de, toujours et encore, jeter un modeste petit caillou dans la mare si étale de nos quotidiens bradés à l’habitude et aux paresses qu’elle enfante encore et toujours. Pourtant si l’on veut briser l’écran de verre qui nous sépare d’une postérité qui pourrait faire notre prospérité, nous restent le compte d’auteur ou l’auto-édition. Là, molosse plus que colosse, moi qui aime l’apologue d’un amour vache, je comprendrais presque ceux qui arguent : « Quel épris ne bat sa compagne ? » Or, si je prends mon humble cas de bourrin bourru jamais bourré, sans vouloir tourner en orbite autour de mon nombril car, comme la constipation, c’est paradoxalement vite chiant, qui m’édite méditera !

Alors inutile de me gonfler, je suis déjà assez gros comme cela, en prétendant que nul n’est prophète en son pays… ni en son temps. Puisque l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, et que la fable n’est pas « vendable », situation qui reste le propre des vendues, arrivé à un certain âge voire à l’âge certain qui est mien, la grasse matinée s’impose… Mais comme il est vrai que « rien ne sert de mourir, il faut pâtir à point » en attendant les délices du trépas pour sortir de l’ombre où le néant de la vie m’a jeté, il me reste, grâce à vous, le néon de la Rue où vous vous trouvez. J’y sors, de temps à autre pour vous rappeler, sans jouer les censeurs sans coeur ou les sans sœur en chœur, car rien n’est moins intègre qu’un intégriste, que si le vice et le mauvais sang ne vous rendent pas heureux, vous pouvez toujours essayer, de temps à autre, la vertu ou le bon sens. »

Fabuleusement vôtre !

  • Christian Satgé

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