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La sauterelle et la chenille…

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Henri CACHAU

 

la première une superbe mécanique
équipée de bielles cardans et mandibules
la seconde un dégoûtant animalcule
que l’on écrabouille du pied comme une tique…

se connaissaient-elles on peut le supposer
tant une rencontre n’avait rien d’improbable
néanmoins appréciaient ce qui restait probable
leurs rôles d’insectes dans notre société…
qu’en était-il de l’être profond de chacune
il en va de même chez nous êtres humains
où le paraître tous nos rapports dénature
nous empêche de discerner sous l’un ou l’une
au-delà de leur aspect de subtils ressorts…

une mécanique parfaitement huilée
et d’une remarquable fonctionnalité
la sauterelle toute en bielles et mandibules
une machine à broyer sans aucun scrupule
s’attaquant aux petits notamment aux chenilles
qui malgré leurs mille pattes choses rampantes
mal se faufilent et se cachent sous les parterres
lorsqu’au-dessus d’elles un méchant orthoptère
d’une proie facile prolonge les tourments
qu’à son gré il peut à tout instant interrompre
mais sa nature dira-t-il contrevenant
il ne peut librement de l’évolution rompre
un déterminisme dont il se sait l’agent
au risque de suspendre l’effet papillon…

comme si ça ne suffisait quand les enfants
avec plaisir écrasent ces êtres rampants
dont ils n’envisagent de leur état larvaire
cette éclosion qui demain les enchantera
dont ils n’en suspectent les vraies capacités…
mais pour cela il faut dans les bibliothèques
aller y quêter ce qu’aucun de ces insectes
n’a envie de savoir concernant l’autre secte
s’y conseillerait d’ouvrir largement un champ
n’ayant bien entendu nul rapport à leurs clans…
les plus faibles d’entre eux grâce à nos fabulistes
y retrouveraient cette dignité perdue
tant leur accordons-nous les plus mauvais des rôles
celui de repoussoir ce n’est pas toujours drôle
à ces plus petits difformes ou handicapés…

méritait-elle cette larve un intérêt
l’ambitieuse sauterelle visait plus haut
sa position sur l’échelle l’autorisait
si existait une réelle concurrence
ne l’inquiétaient ni le criquet ni le grillon
ni le gendarme seulement le papillon
jusque chez l’homme hautement considéré
auquel elle eut dû franchement s’intéresser…
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leurs élites ayant un faible pour l’esthétique
la beauté que l’on saccage ou que l’on vénère
il n’y a qu’un pas du bordel au sanctuaire…
devenu figure emblématique des prés
menant un incessant ballet entre les fleurs
semblant lui accorder leurs secrètes faveurs…

dès leurs premiers croisements elle en fut jalouse
son immodestie en souffrit ne sut comment
ne pouvant vers le ciel reporter son courroux
se libérer de ce qui serait son calvaire
son quotidien côtoiement des lépidoptères
dont le tracassent leurs vols et leurs enchantements
leurs pas de deux déjetés et ballets charmants…
d’autant en fut marrie quand elle s’aperçut
que l’affreuse chenille à l’aspect rebutant
à laquelle parfois grande dame accordait
vie sauve quand il eut fallu sur l’instant
se débarrasser de cet être repoussant
dont elle ne sut apparemment orgueilleuse
d’une mécanique jugée insurpassable
équipée de bielles cardans et mandibules
reconnaître son génie dans un opercule…

reconnut-elle son pitoyable dédain
je pense que plus encore broya du noir
quand elle aurait dû se dessiller pour mieux voir
de plus petit que soi ce qui ferait entrain…
aussi attachons-nous au génie de chacun
souvent il vit caché et pour s’épanouir
nécessite notre crédit pour ce quelqu’un
sinon de jalousie nous ne saurions guérir…

Henri CACHAU

Site : www.henri-cachau.fr

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4 commentaires

  1. Christian, heureusement que nos amis les bêtes ou les animaux existent sinon comment pourrions-nous sans user de métaphores nous égratigner ! Merci pour tes commentaires.

  2. ces drôles d’animaux que nous sommes bien se prêtent-ils autant grâce à leurs défauts qu’à leurs vertus à s’immiscer dans ses fables par lesquelles nous essayons de leur rendre un hypocrite hommage ! Merci Daniel

  3. C’est superbe, cette fable nous donne une vraie piste de conduite de vie et d’attentive observation ! Elle secoue les consciences avec des mots accrocheurs démontrant qu’il vaut mieux être que paraître dans ce monde infecté. Bravo Henri. Mes amitiés

  4. Un bien beau texte où l’humaniste fleure bon l’entomologie à la sagesse qui n’a rien de minime. Vivent el insectes et les leçons qu’ils nous poussent à tirer sur nous. Un plaisir de lecture…

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