Certain penseur dont la faible cervelle
Par le bon vin aisément s’échauffait,
Après dîner, un jour, philosophait.
Quoiqu’il fût peu d’aplomb et cherchât bien querelle,
De temps en temps, aux murs de son chemin :
— Je me sens, disait-il, une force nouvelle,
A porter l’univers dans le creux de ma main !
Qui pourrait résister à ma toute puissance?…
Dieu?… Bah i Existe-t-il seulement? Vraiment non !
On l’inventa jadis pour effrayer l’enfance;
Mais le progrès et la science
En ont presque déjà fait oublier le nom….
Je me trompe : il est là ! C’est en vain qu’on le nie.
Dieu, c’est l’être dont le génie
Aux éléments commande en roi.
C’est l’homme. Oui, Dieu, c’est moi !… —
Notre rêveur suivait un sentier solitaire.
Un faux pas le fit choir le nez dans un égout
Dont le parfum, peu de son goût,
Le rappela, je pense, aux choses de la terre.
Hélas ! j’ai vu, bien souvent vu,
Et vous aussi, je gage,
Tel qui n’était guère plus sage
Et qui, pourtant, n’avait pas bu.
“Le Philosophe ivre”

