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Les deux Oiseaux

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Joseph Patrat

 

Fable inédite

Deux oiseaux élevés dans une même cage
Etaient, par conséquent, également instruits.
Cependant, chacun d’eux, du même apprentissage
Ne tirait pas les mêmes fruits.
L’un était distrait et volage,
L’autre intelligent, attentif ;
L’un voulait toujours être oisif,
Et l’autre, à travailler trouvait son avantage.
Avec plaisir il écoutait
Les accents de la serinette,
Et son gosier les répétait
Avec une grâce parfaite.
Le maître, par distraction,
Avait un jour laissé la cage ouverte.
Voici des deux oiseaux la conversation :
» Ah, dit le paresseux, la belle occasion !
» C’est par le ciel qu’elle flous est offerte,
» Profitons-en, partons ». — « Que me proposez-vous ?
» Nous jouissons ici du destin le plus doux !
» Nous nous trouvons si bien ! Ou pourrions-nous mieux être
« — Eh ! peut-on être bien en dépendant d’un maître ?
» Fuyons, dérobons-nous à la captivité ;
» Parcourons tous les deux ces campagnes fertiles ;
» Allons chercher l’égalité ;
» Soyons libres, vivons tranquilles ;
» Partons, ami. La liberté
» Est le plus beau présent de la divinité ».
« — Tu ne m’éblouis point par ce brillant langage ;
» Mais je te suis par curiosité,
» Et si je suis mécontent du voyage,
» Je viendrai chercher dans ma cage
» Et l’abondance, et la sécurité ».
Y rester, eut été plus sage !
Pendant qu’ils traversaient les airs,
L’ignorant lui disait ; — « Vois-tu sur ce feuillage,
» Voltiger les oiseaux de branchage en branchage ?
» Entends-tu leurs tendres concerts ?
» Tout ici de l’amour nous présente l’image :
» Aurions-nous goûté dans la cage
» Les plaisirs qui nous sont offerts ?
» Vois-tu ce ruisseau qui serpente
» En parcourant ces verts bosquets ?
» Allons-y respirer sa fraîcheur bienfaisante ».
Ils dirigent leur vol vers la rive charmante,
Mais…. Ô surprise ! ô douleurs ! ô regrets !
Au bord du ruisseau qui les tente,
Tous deux sont pris dans des filets !
Quelle perspective effrayante !
Ah ! s’écrie aussitôt, de colère enflammée,
Notre jeune chantre emplumé :
« Barbare ! voilà ton ouvrage !
» Ce bonheur idéal dont ta crédulité
» Me traçait à l’instant la plus riante image,
» Dans un gouffre de maux nous a précipité.
» Préférant la chimère à la réalité,
» Tu m’as forcé, cruel ! d’abandonner ma cage.
» Compare, en contemplant notre calamité,
» Ta chimérique liberté
» A notre paisible esclavage ».
L’oiseleur qui parait, interrompt ce discours.
Le paresseux est prêt à perdre connaissance,
Car la lâcheté fut toujours
La compagne de l’ignorance.
L’autre, sans perdre contenance,
Bat de l’aile, gazouille, et siffle un air divin.
Le chasseur étonné lui présente la main,
Il s’y perche sans méfiance,
Et siffle encore un air plus doux et plus flatteur.
Ah ! dit aussitôt le chasseur
En le portant vivement à la bouche
Et le baisant avec ardeur
« Ton gosier ravissant, ton talent enchanteur,
» Me charme, me séduit, me ravit et me touche ;
Tu viens de prouver à mon cœur ;
» Que les talents et la douceur
» Apprivoisent le plus farouche ».
En un mot, le savant fut fêté, caressé,
Et l’ignorant fut fricassé.

Voyez, par cet exemple, où conduit la paresse.
Lorsque dans l’âge mûr on n’a point de talents,
On pleure sur tous les moments
Qu’on a perdus dans sa jeunesse.

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