mardi, septembre 17, 2019

Gustave Salicis

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Gustave-Adolphe Salicis (1818-1889), professeur à l’École navale et à l’École polytechnique. – Inspecteur général de l’Instruction publique, né à Ile d’Aix (Charente-Maritime) le 17 juin 1818 et mort à Paris, le 1 décembre 1889. Promu officier de la Légion d’honneur, le 23 janvier 1871, en récompense de ses services pendant le siège.

Contes de bêtes:

Préface (extraits) – …Littérairement, touchons-nous à l’arche sainte? allons-nous déshonorer La Fontaine? Oui, comme les codes touchent au Décalogue, et en nous efforçant de paraphraser ici d’une façon plus récréative que ne pourraient faire pour de nouvelles Pandectes les plus attiques des jurisconsultes.
Brodant sur le fond, nous changerons parfois, il est vrai, la conclusion, et même, cela faisant, ne croirons-nous pas repousser la pensée des maîtres. Tel est en effet notre respect pour eux que, lorsque nous les voyons conclure au mal, nous restons convaincus que c’est artifice de leur part et que le triomphe du mal est, par eux, placé là en repoussoir pour forcer le lecteur à prendre résolument le parti du bien.
Si nous avons d’ailleurs” entièrement altéré la forme du récit consacré, c’est que l’observateur des enfants apprend vite que la concision, par les sous-entendus qu’elle creuse entre deux idées consécutives sous la plume, est, pour leur esprit, ce que serait pour leurs petites jambes un fossé trop large qui soudain barre le passage; ils aiment mieux, s’ils sont tout seuls, rebrousser chemin que d’essayer de franchir.
Bien que la forme narrative que nous avons cru devoir adopter, un peu celle de la mère l’Oie, exige la continuité, elle n’interdit pas les zigzags, loin de là; j’ai donc usé de cette permission pour allonger le chemin et faire lever en route le plus d’enseignements que j’ai pu, ainsi que l’on fait des papillons ou des oiseaux quand on bat les buissons.
Est-il d’ailleurs judicieux, par conséquent à propos, d’emprunter aux bêtes action et morale?
Il doit bien y avoir quelque raison pour que, d’Ésope à La Fontaine, les fabulistes aient choisi les bêtes de préférence aux hommes comme personnages de leur comédie, et plusieurs de ces raisons sont, pour ainsi dire, palpables.
…Lorsque nous en emprunterons le fond à un maître, nous ferons du reste tous nos efforts pour que, dans le cours entier du développement, circule le caractère de l’original; et si, plus tard, le jeune étudiant est mis aux prises avec le fabuliste lui-même, les lignes vives du chef-d’œuvre emprunteront peut-être un attrait particulier à se détacher sur le fond, d’avance harmonisé, de ses souvenirs enfantins.

  • Contes de bêtes, par Gustave Salicis , 1880.