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La Comédie des Mots

001Daniel Allemand

Vivre n’est pas chose facile
Évoluer est encore plus difficile.
Au palais des fredaines
L’archiviste patenté des fables du livre
Était Croquemitaine ;
Prétextant son manque de savoir vivre,
D’aucuns se plaignirent.
Le noir capitaine des mots
Pour apaiser leur ire
Sur les fonts baptismaux
Des pertes et profits
Le priva du défi
De l’amour des bons mots
Arguant que ses contes de fées
Faisaient peur aux enfants.
Sur le coup de l’effet
Survinrent des prétendants,
Des détenteurs de vérité
Cloîtrés dans leur promiscuité.
Et tous ces vertueux
Non point présomptueux
Détenaient la bonne formule
Des mots d’amour précieux
Se disant tous émules
Des principes des Cieux.
Leur persuasion pouvait prêter à rire
Dans cette prétention du bien savoir écrire.
La soubrette malicieuse et charmante
Zerbinette coquette,
En tout point désarmante,
S’était lancée à la conquête
De l’album des trésors,
La vertu en décor
Pas question d’y parler trop fort.
Rosalinde, des fabliaux
A la fois jeune et vieille,
Maniant la plume avec brio
S’arrogeait le droit de conseil
Sur le beau livre d’or,
La censure en confort
En refusant les métaphores ;
Le Polichinelle sournois,
Redoutable retors
Si grincheux, menteur, mais courtois
Courait à travers et à tort
Ayant pour ce bouquin
Le désir du faquin
Refus de se montrer taquin !
Enfin Matamore en matois
Voulait être mentor
Par ses mots ; fort adroit
Il avait déjà coffre-fort
D’un recueil catalogue
Au verbe démagogue
Sans besoin d’apologue.
On manda l’avis de Pierrot de blanc vêtu.
Il regrettait le retrait du Croquemitaine
Qui archivait tout écrit sur vice et vertu
Tous les côtés de l’âme humaine.
Dans le livre qui, comme nourriture
Alimente le corps,
Lecture et écriture
Nourrissent les esprits d’accords
Sur cette ignorance à tuer
Pour être plus heureux.
Lors, il leur dit à chacun : « Sois ce que tu es
Deviens ce que tu peux. »

“La Comédie des Mots”

  • Fables et illustrations de Daniel Allemand, blog à visiter…Plumes et Rimes

6 commentaires

  1. Une bien belle réussite, Daniel, d’un apologue qui a un petit côté “fable à clés” comme il est des romans du même tonneau… Du meilleur crû, donc !

    • Merci à vous Christian, toujours très touché par vos appréciations.
      « L’écriture à clé » suppose une poétique de la connivence avec un public restreint, capable de reconnaître des individus dans la fiction (Comme certaines publications de l’Ancien Régime du grand La Fontaine). Mes petites fables se hasardent avec dessein (dessin) à une double lecture pour les enfants et pour les adultes comme les BD de « Bob et Bobette » de W.Vandersteen.

  2. Daniel, quel humaniste fais-tu, pour ainsi laisser à chacun la prétention de prétendre se risquer à être lui-même ! Merci pour eux et pour nous évidemment !

    • Un humaniste de « transmission » peut-être ?
      Merci cher Henri pour ce commentaire sur cette fable qui tente une illustration de l’incitation morale du “Connais-toi toi-même”. Socrate s’était découvert au moins une science, celle de son ignorance. Sans une prise de conscience sur soi-même la vie ne vaut rien car l’homme malheureux est celui qui se trompe en étant persuadé détenir la connaissance. A bientôt sur la Rue

  3. récit FABULEUX !!! bravo et merci DANIEL !! annie

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