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L'Eléphant et le Singe de Jupiter
L'Eléphant et le Singe de Jupiter

L’Eléphant et le Singe de Jupiter

Autrefois l’Eléphant et le Rhinocéros,
En dispute du pas et des droits de l’Empire,
Voulurent terminer la querelle en champ clos.
Le jour en était pris, quand quelqu’un vint leur dire
Que le Singe de Jupiter,
Portant un Caducée, avait paru dans l’air.
Ce Singe avait nom Gille, à ce que dit l’Histoire.
Aussitôt l’Eléphant de croire
Qu’en qualité d’Ambassadeur
Il venait trouver sa Grandeur.
Tout fier de ce sujet de gloire,
Il attend maître Gille, et le trouve un peu lent
A lui présenter sa créance.
Maître Gille enfin, en passant,
Va saluer son Excellence.
L’autre était préparé sur la légation ;
Mais pas un mot : l’attention
Qu’il croyait que les Dieux eussent à sa querelle
N’agitait pas encor chez eux cette nouvelle.
Qu’importe à ceux du Firmament
Qu’on soit Mouche ou bien Eléphant ?
Il se vit donc réduit à commencer lui-même :
Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu
Un assez beau combat, de son Trône suprême.
Toute sa Cour verra beau jeu.
– Quel combat ? dit le Singe avec un front sévère.
L’Eléphant repartit : Quoi ! vous ne savez pas
Que le Rhinocéros me dispute le pas ;
Qu’Eléphantide a guerre avecque Rhinocère ?
Vous connaissez ces lieux, ils ont quelque renom.
– Vraiment je suis ravi d’en apprendre le nom,
Repartit Maître Gille : on ne s’entretient guère
De semblables sujets dans nos vastes Lambris.
L’Eléphant, honteux et surpris,
Lui dit : Et parmi nous que venez-vous donc faire ?
– Partager un brin d’herbe entre quelques Fourmis :
Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire,
On n’en dit rien encor dans le conseil des Dieux :
Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux.

L'Eléphant et le Singe de Jupiter
L’Eléphant et le Singe de Jupiter

Analyses de Chamfort – 1796.

V. 1. Autrefois l’éléphant et le rhinocéros…
Nous retrouvons pourtant un véritable Apologue , c’est-à-dire, une action d’où naît une vérité morale voilée dans le récit de cette action même. Cette fable est excellente, et on la croirait du bon temps de La Fontaine. La vanité de l’éléphant, le besoin qu’il a de parler voyant que Gille ne lui dit mot, l’air de satisfaction et d’importance qui déguise mal son amour-propre , le ton qu’il prend en parlant du combat qu’il va livrer et de sa capitale: tout cela est parfait. La réponse du singe ne l’est pas moins , et le dénouement du brin d’herbe à partager entre quelques fourmis, est digne du reste. (L’Eléphant et le Singe de Jupiter)

Commentaires de MNS Guillon – 1803.

(1) Autrefois l’Eléphant, etc. Le fonds de cette fable en grec est très -stérile. C’étoit une monnoie d’un bas titre , que la Fontaine a refondue, et à laquelle il a ajoute de la matière pour lui donner cours dans son pays. Pour la seconde fois il attaque la vaine manie des préséances. La première, dans la fable des deux Chèvres ; l’autre , dans la personne de l’Eléphant et du Rhinocéros. On aime à voir le talent lutter contre lui-même. On pourrait être étonné qu’il ait donné ce ridicule travers à l’Eléphant. Ce n’est pas lui qui est le roi des animaux : il a d’ailleurs dans la poésie un caractère dont il n’est pas permis de sortir….Lire la suite

1 commentaire

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