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Le verbe est (aussi) dans le fruit

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Éditos et chroniques


Christian Satgé, Professeur d’Histoire & de Géographie à Poueyferré dans les Hautes-Pyrénées…
Blog de l’auteur : Les rivages du Rimage
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Le verbe est (aussi) dans le fruit

Monsieur de Voltaire à qui il n’était besoin de tirer les verbes du nez et aimait tant à lever haut le verbe, surtout s’il était à boire, dans son Dictionnaire philosophique s’attaquait à R. Descartes qui, raide comme un verbe de lampe, en rupture avec la tradition aristotélicienne, refusait naguère d’accorder la vertu de la pensée – donc une âme – à l’animal : « Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc. ! » (article “Bêtes”, 1764). Voilà qui a le – feu – verbe luisant de nos Lumières d’antan et le bon sens de qui regarde, même d’un œil distrait, la bestiale engeance qui nous entoure. Œil de verbe qui ne fut point jeté par notre verbeux code civil républicain qui jusqu’en 2015, où l’animal y est devenu « un être sensible », considérait, sévère, icelui comme « un meuble se mouvant par lui-même », soit un objet quelconque dont le sort n’intéressait que les sensibles et les sots voulant briser ce mur de verbe à coups d’idées et de pensées d’un autre tonneau.

Pourquoi votre humble serviteur qui a le verbe moins épais que ces fameux gros mots qui naissent de nos grands maux, voudrait-il faire un papier de verbe qui ne serait que redite de l’auguste penseur pas pansu ? Point de verbe double, ici. Il le fait pour apporter une pierre qui ne serait pas plus philosophique que philosophale à cet artisanat de la verberie propre à notre pays – le verbe de Bohême n’est pas mal non plus ! – et ainsi défendre l’art de la peinture sur verbe, qu’il soit d’eau, métallique ou organique. Ce grand sottard le fait aussi pour jeter un rideau de verbe – armé plutôt qu’allégé – sur un monde de délices et de suavités, gavé d’Ave et de Credo à crédit, tirant vers le vert qui se blottit dans la laine de verbe du non-dit et la fibre de verbe des sous-entendus aimant à tout draper dans une Novlang, verbe à vain s’il en est, toute en non-sens plutôt qu’à se voir tel qu’il est… et ne peut manquer d’être, les vers pris sans vert en moins.
Dans cette maison de verbe qu’est RuedesFables officiant, à plus ou moins bon escient, patient, l’humble fabuliste qui s’essaie à jouer les jongleurs, souffleur de verbe, mais de verbe à soi voire de verbe à pieds, qui fait de l’animal voire de l’animalcule, la manière et la matière de ses récits pour parler des Hommes, vaut-il mieux que l’auguste penseur à la brouette et inventeur de la calculatrice ?… À moins que ce ne soit l’inverse. Avec les “cogitateurs” de son espèce, soient-il de la race “révolutionnaire” dans la maison de verbe du temps qui est le leur, sait-on jamais même si parole – soit-elle d’or – peut se casser comme du verbe. Voilà pourquoi il chante l’animal, conte la bête ou célèbre la faune… pour mieux causer de l’Humain, le « cassos’ » de la Nature dont le verbe est dépoli par trop de civilisations sans civilité et rendu peu urbain par trop d’urbanisme. Car il n’est pas question pour lui de louer une quelconque « Sagesse animale » que d’aucuns ont pu, comme le vétérinaire du Jardin des plantes, Norin Chai (Prix animalis, 2018), observer pour nous damer le pion au point de sous-titrer leur ouvrage Comment les animaux peuvent-ils nous rendre plus humains ? Mais, coit et quiet, le facteur d’apologues, inventeur d’une « humanité bestiale » pour mieux décrire « la brute humaine » – n’était que d’y songer ! – entre chapon chapardés et volailles volées peut aussi mettre en scène, pour remplir son verbe à d’autres sources inspirées ou à ces puits d’où jaillissent quelque vérité, la flore et ses fruits qui depuis le versatile Adam, qui se noya dans le verbe d’O. dont l’histoire nous fut depuis racontée en de roses pages, ont grandement conditionné notre destinée où pullulent les verbes blancs et, plus encore, les verbes de rage.
C’est ainsi que le fabuliste, même s’il a une face à décourager un crapaud d’être laid, a toujours un verbe dans le nez, n’a pas la prétention d’avoir un verbe correcteur. Il a l’ambition que celui-ci soit le verbe de l’amitié entre des êtres ré-humanisés, polis parce que policés, avec ce fond de verbe qui tend à un humour d’humeur et une bégnine bienveillance même si, parfois, quoique son verbe soit salutaire, comme celui de G. Apollinaire qui sut si bien se mettre au verbe, libre par trop selon d’aucuns, il « se brise comme un éclat de rire ».

À tous ceux qui, comme moi, préférant voir le verbe à moitié plein qu’à moitié vide, fabuleusement vôtre…

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6 commentaires

  1. Très beau texte, à lire et relire. Quel langage juste magnifique. Merci Christian Satgé

  2. le verbe s’est fait chair (cher!) ce bougre d’animal ! Il vient verbaliser nos manquements envers nos frères les bêtes, merci St François ! ainsi qu’humaniser notre humaine ménagerie!… Rendons lui grâce, ce que Christian tu fais à merveille verbalement !

  3. Merci Daniel pour votre gentillesse : c’est le verbe de l’amitié que vous me tendez là ! Au plaisir de vous lire…

  4. Merci une fois de plus Christian pour cet édito qui nous ravit… Je devrais plutôt dire merci à notre souffleur de Verbes dont le verbe à pied d’oeuvre reste tout un poème. A très bientôt

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