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Les deux Chiens, fable par Charles Desains

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Charles Porphyre Alexandre Desains

Le nez tenu captif dans une muselière,
Un Chien suivait de loin son maître dans Paris.
Il découvre, en flairant, de succulents débris,
Dont, s’il eût été libre, il aurait bien su faire
Un déjeuner des plus exquis.
Dépendant de l’odeur il faut qu’il se contente.
A ses yeux alors se présente
Un caniche bien endenté,
Dont la mâchoire en liberté
Se met à croquer la trouvaille
A la barbe du Chien qu’il raille.
Pauvre sot ! nul bonheur n’existera pour toi,
Tant que sous ce tyran, dont la barbare loi
A tes moindres désirs met toujours une entrave,
Tu voudras végéter et ramper en esclave.
Quitte-le, camarade, et prends la clef des champs,
Comme moi, jette au loin le collier de misère,
C’est l’avis aujourd’hui des plus honnêtes gens,
Qu’il faut aux Chiens de notre temps
L’indépendance tout entière ;
Boire quand on a soif, manger quand on a faim,
Dormir si le sommeil pèse à notre paupière,
Et mille autres choses enfin
Que sans permission l’on devrait pouvoir faire !
Viens avec moi ; vivant tous deux au jour le jour,
Nous verrons devant nous se dérouler la vie
Comblée, au gré de notre envie,
De douce liberté, de hasard et d’amour !
Non, répondit le Chien fidèle,
Tu montres pour moi trop de zèle ;
Je me trouve assez libre et j’aime mon patron ;
Bien qu’il ait des travers, il est juste, il est bon ;
Sa femme, ses enfants, me pleureraient peut-être,
Si près de leur foyer j’allais ne plus paraître
Et laisser sans gardien le seuil de leur maison.
Adieu, mon cœur et ma raison
Ne me permettent pas d’abandonner mon maître.
ll dit, puis au sifflet il obéit et part.
Lorsqu’il repasse un peu plus tard,
ll voit le pauvre camarade
Sur le sol étendu, haletant, bien malade,
Presque sans connaissance ainsi que les mourants ;
Le malheureux venait, dans son second service,
D’avaler ce poison que répand la police
Pour détruire les Chiens errants.
Ah ! dit le moribond, ma conduite est punie ;
J’ai quitté des amis qui veillaient sur ma vie,
Je fus ingrat et je fus imprudent.
Si je vécus indépendant,
A moi la liberté se montre bien cruelle,
Et je vois, mais trop tard, dans ma douleur mortelle,
En comparant ton sort au mien,
Que c’est parfois pour notre bien
Que notre maître nous muselle.

Charles Porphyre Alexandre Desains, (1789- 1862)

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