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La Fontaine, fable, la Cigale et la Fourmi
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La Cigale et la Fourmi, et ses origines ?

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La Cigale et la Fourmi, et ses origines ?

Pour écrire cette  fable, hormis Esope,  de quel poète français Jean de La Fontaine s’est inspiré ?
– Millot, Gueroult, Haudent, Patru, Corrozet, Du Fresne, Hégemon, Marie de France, Commire …? Avec les quelques éléments apportés ici, par Paul Lacroix, essayons d’y voir plus clair. Enfin peut-être ! Commençons par la fable d’Esope : de la Fourmi et de la Cigale :

La Fourmi faisait sécher son froment qui avait contracté quelque humidité pendant l’hiver. La Cigale mourant de faim, lui demanda quelques grains pour subvenir à sa nécessité dans la disette où elle se trouvait. La Fourmi lui répondit durement qu’elle devait songer à amasser pendant l’été pour avoir de quoi vivre pendant l’hiver. » Je ne suis point oisive durant l’été, répliqua la Cigale, je passe tout ce temps-là à chanter. – Oh bien, repartit la Fourmi, puisque cela est ainsi, je vous conseille de danser maintenant ; vous méritez bien de mourir de faim. «

Autre version

» La Cigale et les Fourmis « – C’était en hiver ; leur grain étant mouillé, les fourmis le faisaient sécher. Une cigale qui avait faim leur demanda de quoi manger. Les fourmis lui dirent: « Pourquoi, pendant l’été, n’amassais-tu pas, toi aussi, des provisions? — Je n’en avais pas le temps, répondit la cigale : je chantais mélodieusement. » Les fourmis lui rirent au nez : « Eh bien ! dirent-elles, si tu chantais en été, danse en hiver. »
Cette fable montre qu’en toute affaire il faut se garder de la négligence, si l’on veut éviter le chagrin et lé danger.
Esope – VIIe-VIe siècle av. J.-C

 

Selon Paul Lacroix : “Il n’est pas jusqu’à une mauvaise traduction anonyme d’un choix de fables d’Esope (sans nom de lieu et sans date, in-4° de 24 pages), que La Fontaine n’ait lue avec plaisir, puisqu’il paraît en avoir pris sa première fable, La Cigale et la Fourmi, qui ne l’avait pas enchantée dans la traduction de Pierre Millot, où elle est très-grossièrement rendue.

Voici cette fable de Millot :

La Cigale et les Fourmis
Durant l’Hyver, les bleds estant tous mouïllez, les Fourmis les mettoient à l’air pour les secher. La Cigale qui mouroit de faim leur demandoit à manger; mais les Fourmis luy dirent : Pourquoy est-ce qu’en Esté tu ne recueïllois pas, dit-elle, mais je chantoise, Musique.
Alors les Fourmis en se mocquant, luy dirent : si donc en Esté tu joüois de la fluste, danse durant l’Hyver.

La fable en vers (Liv. I, I) rappelle, en effet, quelques traits de cette traduction anonyme, plus naïve, et peut-être plus ancienne que l’autre.

« Comme les Fourmis faisoient sécher pendant l’hiver leur froment qui étoit mouillé, survint la Cigale,qui, pressée de faim, les supplioit de la tant obliger que de lui donner quelque peu de grain pour sustenter sa vie. Les Fourmis reconduisirent, disant: a Et pourquoi pendant l’été et la moisson ne faisais-tu ta « provision?—Je n’avois pas le loisir, répondit-elle, étant pour a lors occupée à dégoiser des airs mignards. » Les Fourmis, se prenant à rire, lui répliquèrent: « Sus donc! Puisque pendant l’été, tu n’as fait autre travail que chanter, maintenant « que l’hiver est venu, saoule-toi de danser! »

L’imitation est évidente et saute aux yeux, si on rapproche de cette version en prose la fable en vers de La Fontaine. C’est bien là qu’il a trouvé le ton et le mouvement de son petit poème :

…Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain, pour subsister,
Jusqu’à la saison nouvelle…
La Fourmi n’est pas prêteuse…
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour, à tout venant,
Je chantois ne vous déplaise.
— Vous chantiez? J’en suis fort aise.
Eh bien, dansez maintenant. »

la-cigale-etla-fourmi-002La Fontaine, qui avait imité plusieurs fables d’Ésope en les paraphrasant, s’est appliqué, dans celle-ci, à être plus bref et plus serré que son modèle, qui donne à cet apologue un ton moins cruel et moins sarcastique. On sent que La Fontaine avait des préférences pour la Fourmi.
Plusieurs critiques ont pensé que La Fontaine s’était inspiré de la lecture des fables traduites en vers, avant lui, par Gilles Corrozet, Guillaume Gueroult, Guillaume Haudent et Philibert Hégemon. D’autres même ont supposé qu’il avait connu le texte inédit des poésies de Marie de France et la première traduction d’Ésope envers, composée au XIIIe siècle, et si souvent reproduite dans les manuscrits de cette époque, sous le nom d’Ysopet. Mais il est bien certain que La Fontaine n’a jamais eu le goût ni l’occasion d’étudier la littérature française du moyen âge, du moins dans les originaux, et qu’il n’aurait pas même été capable de déchiffrer les écritures des XIIe et XIIIe siècles. C’est seulement dans l’ouvrage de Claude Fau-chet (Recueil de l’origine de la Langue et de la Poésie françoise), qu’il aurait pu trouver l’indication des fables de Marie de France, qui n’ont été publiées qu’en 1820, par Roquefort, d’après les anciens textes recueillis par Lacurne de Sainte-Palaye. On peut même affirmer que, malgré sa passion pour les bouquins de notre vieille langue, il n’avait jamais feuilleté une édition gothique de la translation des Fables d’Esope, par le P. Julien Macho, des Augustins de Lyon, car il n’eût pas manqué d’en faire mention dans la Préface de son Recueil de 1668.

Quant aux Fables d’Ésope, mises en rithme françoise au XVIe siècle, il a dû les connaître et les lire, mais sans les goûter, ni songer à en faire usage, puisqu’il se présente, dans la Préface de 1668, comme ayant eu la gloire d’ouvrir la carrière. Gilles Corrozet avait pourtant fait paraître, en 1544, les Fables du très ancien Esope phrigien, plusieurs fois réimprimées, et Guillaume Haudent, en 1547, Trois cent soixante-six apologués d’Esope; Guillaume Gueroult avait inséré quelques fables exquises dans le premier livre de ses Emblèmes (1550),et Philibert Hégemon avait ajouté les siennes à sa Colombière et Maison rustique (1583). La Fontaine ne fait nulle part mention de ces fabulistes, contemporains de Marot et de Ronsard, qu’il savait par cœur. Tout ce qu’il en dit se résume dans cette phrase de la Préface du Recueil de 1668: «Nous en avons des exemples (d’imitation des Fables d’Esope, de Phèdre et d’Avien) non-seulement chez les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que, lorsque nos gens y ont travaillé, la langue étoit si différente de ce qu’elle est qu’on ne doit les considérer que comme étrangers. Cela ne m’a point détourné de mon entreprise. » Il est permis de voir plutôt, dans ce passage vague et obscur, une allusion à l’Ysopet et aux fables de Marie de France.”              Paul Lacroix.

  • Comme La Fontaine, d’autres fabulistes français ou étrangers ont imité cette fable, avec plus ou moins de réussite, voici quelques exemples :

de cicada et formica, Phèdre

Quisquis torpentem passus transisse iuventam,
Nec timuit vitae providus ante mala,
Collectus senio, postquam gravis adfuit aetas,
Heu frustra alterius saepe rogabit opem.
Solibus ereptos hiemi formica labores
Distulit, et brevibus condidit ante cavis.
Verum ubi candentes suscepit terra pruinas
Arvaque sub rigido delituere gelu,
Pigra nimis tantos non aequans corpore nimbos,
In propriis laribus humida grana legit.
Decolor hanc precibus supplex alimenta rogabat,
Quae quondam querulo ruperat arva sono:
Se quoque, maturas cum tunderet area messes,
Cantibus aestivos explicuisse dies.
Parvula tunc ridens sic est affata cicadam;
Nam vitam pariter continuare solent:
Mi quoniam summo substantia parta labore est,
Frigoribus mediis ocia longa traho.
At tibi saltandi nunc ultima tempora restant,
Cantibus est quoniam vita peracta prior.

  • Phedre – (14 av. J.-C. – vers 50 ap. J.-C.)
La Cigale et la Fourmi par Grandville

La Cigale et la Fourmi

On connaît les amis dans les occasions.
Chère Fourmi, d’un grain soyez−moi libérale ;
J’ai chanté tout l’été : tant pis pour vous Cigale ;
Et moi j’ai tout l’été fait mes provisions.
Vous qui chantez, riez, et toujours sans souci,
Ne songez qu’au présent, profitez de ceci.
Pleurs, dit un vieux refrain, sont au bout de la danse.
J’ajoute : l’on périt faute de prévoyance.

  • Avianus – (IVe. et VIe. siècle)

D’un Gresillon e d’un Fromi

D’un Gresillon dist la ménière
Qui dusqu’à une fromiéère
El tans d y vers esteit alez,
Par aventure enz est entrez;
La viande demanda et quist,
Car n’en aveit nient ce dist
En sa mesun , n’en snn recet .
Dist la Formiz, k’as-tu dune fet
Kant tu déusses gaaingnier
En mois d’aoust è purchacier.
Je chantai, feit-il, è déduiz
Les autres Bestes , mais ne truiz
K’il me voille guerreduner,
Pur ce m’estuet ehsi aler;
Dist la Fromiz, or chante à mei,
Par cele fei que jeo te dei ;
Melx fust que tu te purchacasses
En mois d’aoust è gaaignasses,
Ke venisses de freit murant
A mun wuis viande querant ,
Pur coi te dunrai-je à mengier
Qant tu ne me pues mais aidier.

Moralité.

Pur ce deffent que nus ne vive
En nun-caloir ne en widive
Selunc ce que chascuns deit faire
Se doit pener de bien atraire.
Plus est chiers cil qi a quoi prendre
Que s’a l’autrui l’estuet atendre.

  • Marie de France – (1160 – 1210)

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La Fourmi et le Criquet

Ilz sont à court deux gens équipolé
L’un à fourmi , et l’autre à ceraseron.
Li froumi fait pourvéance de blé,
Pour son yver, ou temps de la moisson ;
Il vit espargnablement,
Et se gouverne en tous cas saigement ;
Le temps futur a en sa remembrance,
Tant que nul jour ne sera indigent:
Qui saiges est face ainsi pourvéance.
Le céraseron par le temps de l’esté
Ne fera jà nulle provision ;
Il vit aux champs, et quant s’est aosté
Il se retrait en aucune maison,
Et au four communément
Et ès foyers chante doubteusement.
A grant dangier quiert illec sa substance ;
Mais li fourmi se pourvoit cautemont :
Qui saiges est face ainsi pourvéance.
Cculs qui long-temps ont à court demouré,
Qui sont pourveu compère au fremion ;
Car en servent se sont rémunéré,
Et ont acquis rente ou possession ;
Mais li simple et ignorant,
Sont céraseron, famelliens, négligent,
Qui ont chanté et mis en oubliance
Le temps doubteus ; le froumi les reprant :
Qui saiges est face ainsi pourvéance.

  • Eustache Morel dit Eustache Deschamps (1340 – 1406)

De la Formis et de la Sigalle ou Grillon

Provision de saison

La provision de saison,
Soit bonne ou soit maulvaise année,
Quand elle est par droict ordonnée,
Elle faict la riche maison.

Une grand troupe de Formis
Ensemble en ung creux s’estoient mis,
Et avoient durant tout l’esté
Amassé grande quantité
De bled, qu’ilz avoient peu trouver
Pour se nourrir durant l’hyver;
Lequel venu, une Sigalle,
De qui la cure principalle
Est de chanter l’esté durant,
Laquelle estoit faim endura nt,
Vint aux Formis, et leur pria
Luy donner sy peu qu’il y a
De leur bled. Ce qu’ilz refuserent,
Et par rigueur luy demanderent
Qu’elle avoit faict l’esté passé
Sans avoir son pain amassé.
Dict la Sigalle : « Je chantoie
Et par les bledz je m’esbatoie.
— Lors, dirent les Formis ainsy,
Il fault que l’endures aussi :
Puisqu’ainsi est que tu as tant
Chanté l’esté en t’esbatant,
Il te fault en hyver dancer :
Ainsi te fault recompenser. »
Qui ne pourvoit en temps et heure
En grand’necessité demeure.

  • Gilles Corrozet (1510 – 1568)

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Formica et Cicada

Hiberno exponunt dum frumenta humida soli
Formicae , confecta fame et moribunda Cicada
Auxilium rébus supplex orabat egenis.
Hanc Formica anus et multo usu docta rogavit,
Quid rerum aeatate egisset Cumque illa, sonoro
So membranorum pulsu et crépitantibus alis,
Diceret, aectivos hominum lenisse labores.
Formica excipiens: Si tunc, inquit, cecinisti
Imprudens animi, vacuo nunc corpore salta !

Aetatis dum ver agitur, tum consule brumae !

La Fourmi et la Cigale

Des prudentes Fourmis la Famille frugale
Exposoit au soleil ses grains pour les sécher,
Lorsqu’une famelique & mourante
Cigale Les suplia de fe laisser toucher
A sa misère sans égale.
Une vieille Fourmi, qu’elle scandalisoit,
L’interrogea de ce qu’elle faisoit
Pendant la saison des javelles.
Elle dit, je chantois, & le bruit de mes ailes
Charmoit des moissonneurs le travail & l’ennui;
Vous chantiez, répondit la vieille ménagère,
Et bien dancez donc aujourd’hui,
Que la faim vous rend si légère.
» Tout homme, s’il n’est hebeté,
» Doit songer a l’hyver quand il est en été.

  • Gabriele Faërne ou Gabrile Faerno – XVIe. ?

La cigarra y la hormiga

Cantando la Cigarra
pasó el verano entero,
sin hacer provisiones
allá para el invierno;
los fríos la obligaron
a guardar el silencio
y a acogerse al abrigo
de su estrecho aposento.
Viose desproveída
del precioso sustento:
sin mosca, sin gusano,
sin trigo, sin centeno.
Habitaba la Hormiga
allí tabique en medio,
y con mil expresiones
de atención y respeto
la dijo: «Doña Hormiga,
pues que en vuestro granero
sobran las provisiones
para vuestro alimento,
prestad alguna cosa
con que viva este invierno
esta triste cigarra,
que alegre en otro tiempo,
nunca conoció el daño,
nunca supo temerlo.
No dudéis en prestarme;
que fielmente prometo
pagaros con ganancias,
por el nombre que tengo.»
La codiciosa hormiga
respondió con denuedo,
ocultando a la espalda
las llaves del granero:
«¡Yo prestar lo que gano
con un trabajo inmenso!
Dime, pues, holgazana,
¿qué has hecho en el buen tiempo?»
«Yo, dijo la Cigarra,
a todo pasajero
cantaba alegremente,
sin cesar ni un momento.»
«¡Hola! ¿conque cantabas
cuando yo andaba al remo?
Pues ahora, que yo como,
baila, pese a tu cuerpo.»

Félix María Samaniego – (1745 – 1801)

Parodie de la Cigale et la Fourmi

Ma culotte ayant frotté Tout l’été,
Se trouva fort décousue
Quand la bise fut venue ;
Pas un seul petit morceau
Qui ne fut un vrai lambeau.
Je fus montrer mon dommage
Au tailleur du voisinage ,
Le priant de me prêter
Son secours pour me parer
Du triste sort qui m’afflige.
Je vous paierai bien, lui dis-je,
Avant l’oût, foi de gascon,
Et l’étoffe et la façon.
Ce tailleur ne prête guère,
C’est-là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud?
Me dit le malin compère.
Je restais au bal la nuit
Et le jour, no vous déplaise.
Au bal ! hé, j’en suis bien aise,
Maintenant restez au lit.

Pierre-François de Rémusat , 1755 -1803

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La cigale et la fourmi

(La Fourmi ensemb’ li grélé)
Au Bras-Sec, dans l’plis haut d’Brilé,
A proç fricé Ma-Véronique,
L’avait ein s’en mêler grélé
Qui çantait tout l’jour son misique ;
Li n’embarrass’ pas lendimain.
Dans tout la saison l’hivernaze,
Son vivr’ li trovait dans n’cimin.
A qu’faire va souer pour fait plantaze?
Mais v’là que li beau temps la fini,
Vivr’ n’a point, la fraid y rentre,
Pauvr’ grélé la rest’ tout cami,
Comment qu’va manzer son plein ventre?
A forç vir’ son mazination
Li dit : « Moi connaît quoiqu’ moi faire!
» Mon voisin fourmi bon nation,
» Va prête à moi mon nécessaire. »
Li court la cas’ fourmi, li cogner rondement,
Tin’ fourmi cri darrière la porte :
» Qui çà qui cogn’ si hardiment?
» Quiq’çôs » pour vendre? Allons, apporte! »
Li grélé répond : « Moi l’a grand faim! »
La fourmi guett’ à li par d’arrièr’ son serrire.
Li dit : « Grélé, vous trop malin!
» Prends pas moi pour vout’ couvertire,
» Qouq’ vous y fait soir et matin?
» Dans’n l’eau vous mirer vout’ figuire? »
Grélé r’vir’ : « Tir pas vout’ fiçant,
» Vous sait qu’moi content badinaze,
» Moi tait çanter continellement.
» Çà mêm’ l’était tout’ mon l’ouvraze. »
En morgrognant, fourmi dit : « Vous calamaka
» Moi n’don’ra pas vous ein bicique ;
» Si vous tant content la misique,
» Vous pé bien danser la polka. »

  • Louis Héry – ( 1808 – 1856)

La Cigale et la Fourmi

LA CIGALE.
J’ai chanté
tout l’été,
Mais je suis bien dépourvue,
Depuis que la bise est venue
Pas un seul petit morceau
De mouche et de vermisseau !
Irai-je crier famine
Chez la fourmi, ma voisine?
Je la vois venir quel bonheur!
Bonjour, ma sœur !

LA FOURMI.
Bonjour, ma mie !

LA CIGALE.
Secourez-moi, je vous prie. Comment ?
Veuillez me prêter
Quelque grain, pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Car mon angoisse est mortelle,
Je vous paîrai, foi d’animal.
Intérêt et principal.

LA FOURMI.
Oh, oh ! je ne suis pas prêteuse,
C’est là mon moindre défaut.
Que faisiez-vous ou temps chaud ?
Répondez, belle emprunteuse.

LA CIGALE.
Nuit et jour, à tout venant,
Je chantais, ne vous déplaise.

LA FOURMI.
Vous chantiez, j’en suis fort aise ;
Eh bien ! dansez maintenant.

LA CIGALE.
Apprenez la prévoyance
Dès votre enfance.
Puisse ma mort,
Vous faire éviter mon sort !

  • Champeau, Louis-Dominique (1817-1880)

La cigale et la fourmi

Yon cigale y té tini,
Qui toujou té ka chanté ;
Y té tini yon frommi
Côté li té ka rété.
Yon jou cigale té ni faim ;
Li ka chaché mòceau pain ;
Li allé dit frommi là :
« Ba moin ti brin mangé, m’a
Ranne ou quand moin va trouvé
Quéchose qui bon pou mangé. »
(Zott save frommi pas aimein
Prêté ni longé lamain.)
Li dit cigale : « Ché doudoux,
Ça ou ka fé tout les jou
Pou ou pas tini mangé ? »
Cigale dit : « Moin ka chanté
Quand yo ka dansé bèlè. »
– « Anh ! Anh ! ou ka chanté, chè,
Ça fè ou pas tini d’autt
Métié ? eh ! ben chè cocott,
Si ou faim, dans bamboula
Allé dansé caleinda. »

C’est pou ça yo ka dit zott
Quand yon moune ka fié compté
Lassous canari yon lautt,
Li pé rété sans soupé. ?

  • François-Achille Marbot – (1817-1866)

Sources :

  • (Fables: réimprimées sur l’édition de 1678-1694, et précédées de recherches sur les Fables de La Fontaine, Volume 1, P. L. Jacob – Librairie des bibliophiles, 1875.)
  • Jean de La Fontaine, Charles Athanase Walckenaer, Firmin Didot Frères, 1859
  • Emile Chambry, Esope fables 1927

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