dimanche, février 17, 2019

Léon Riffard

Léon Riffard , né en 1829 et décédé en ?.  –      Il est difficile et peut-être dangereux de publier des fables après La Fontaine. Et pourtant, malgré les écueils, il n y a pas de genre plus vivant et plus souriant que la fable. Enfermer dans un cadre étroit un petit drame, et, d’un trait juste et fin, dessiner un tableau ; ici, composer une épopée en raccourci, et la, un paysage en miniature; donner la vie à des personnages divers, vrais comme la réalité, et charmants comme la fantaisie, faire trotter la fourmi et chanter la cigale, rugir le lion et bourdonner l’insecte ; au milieu de ce tumulte des voix humaines, si souvent confuses et discordantes, évoquer, comme un sage de l’Inde, le bon vieux temps ou les bêtes parlaient, elles aussi, et disaient aux hommes d’excellentes choses; animer les arbres, les piaules, les pierres elles-mêmes et tirer des cailloux du chemin une étincelle de vérité ; entourer les acteurs de celle comédie à cent actes du décor éternel de la nature, peindre d’un mot les eaux vives et transparentes, les bois, les champs, les prés, le ciel et la terre :
Qui ne prendrait ceci pour un enchantement ?être, avec cela, un moraliste sans aigreur, mais non sans malice; joindre le précepte au conte, et instruire, sinon corriger, ses lecteurs en les amusant : s’adresser du même coup aux enfants qui sont déjà de petits hommes, et aux hommes, qui sont parfois de grands enfants; se laisser aller devant eux et avec eux au- charme de la rêverie, et, partant du sujet le plus humble, le plus terre à terre, monter d’un vol insensible et léger vers les beaux nuages, voilà tout ce que la fable permet, ou plutôt tout ce qu’elle a permis à La Fontaine, mais ce que nous ne pouvons espérer ni essayer, nous autres, qu’après lui, d’après lui, et jamais comme lui.
M. Riffard ne s’est pas laissé décourager par le maître inimitable. Il a pensé sans doute, comme l’écrivait La Fontaine à son ami le bon chanoine Maucroix, que
Ce champ ne se peut tellement moissonner
Que les derniers venus n’y trouvent à glaner.
Il y a glané à son tour et fait sa gerbe. Il faut le louer de sa récolte et le remercier de son présent. On nous dit que M. Riffard est sous-préfet de Mantes « la Jolie » à la manière de celui d’Alphonse Daudet, que les bois appellent, que les violettes attirent, que le vieux merle du jardin de la sous-préfecture connaît pour n’être pas méchant, et qui fait des vers en se rendant à un comice agricole. Au vrai, pourquoi un sous-préfet ne serait-il pas, à ses moments perdus, un fabuliste? « Ces deux emplois sont beaux » et il n’y a pas incompatibilité. La Fontaine était maître des eaux et forêts à Château-Thierry, quand il commençait, tout en remplissant tant bien que mal ses fonctions, à rêver ses fables. Les eaux et les forêts ont dû l’inspirer de bonne heure, à son insu, et sa charge n’a pas nui à sa vocation. Bien que M. Riffard soit sous-préfet, ou peut-être à cause de cela, il s’est interdit la fable politique. Il y a cependant plus de politique qu’on ne croit dans les douze livres de La Fontaine. Et, de nos jours encore, en prenant au- maître, pour les habiller à la moderne, quelques-uns de ses personnages, toujours vivants, compère le renard, par exemple, normand ou gascon, ne pourrait-on pas, très honnêtement, en toute décence, mais en toute franchise, imaginer des fables politiques qui ajusteraient à nos idées et à nos travaux le vieil apologue ?Le monde n’a jamais manqué de charlatans.FABLES :

  • Extrait du Journal des Débats (21 mars 1882).
  • Contes et Apologues / Léon Riffard ; illustrés de 150 dessins dont 12 portraits de contemporains par Frédéric Régamey.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.